Ze one man show
dimanche 11 janvier 2004, par Franck Henry
Mardi 30 septembre 2003. Réunion de quartier du "Village Jean Jaurès". En guise de place du village, le centre de loisirs Maurice Arnoux. Les aiguilles de l’horloge pointent vers les 20h00. "Le chef est coincé" avertit une habitante du quartier. Près de 70 personnes attendent, sagement pour la plupart, avec agacement pour certains, la venue du maître des lieux. Une demie heure de retard, ça commence à faire long ! Neuf personnes issues du staff de la Mairie discutent calmement derrière les tables nappées pour l’occasion. On se demande d’ailleurs pourquoi ce personnel officiel s’est déplacé : aucun de ces responsables de la ville ne prendra la parole.
Arrivée de Jean-Loup Metton au pas de course, sous une gentille huée de douces protestations. Excuses essoufflées à propos d’une assemblée générale de co-propriétaires qui s’est éternisée. Le cérémonial bien réglé (d’habitude) peut reprendre : liste des travaux réalisés par les services municipaux, état d’avancement des travaux suite aux questions de la réunion précédente (mieux vaut avoir de la mémoire, elle date d’octobre 2002) et traditionnel jeu de questions pour un champion en guise de bouquet final. Le show peut commencer. L’entrée est même gratuite. Le public en aura pour son argent. Il sera même servi sur un plateau Mettonien, en personne. Tel un maître de cérémonie, Jean-Loup connaît son répertoire classique : voirie, (in)sécurité, petite enfance, dépôts d’ordures, stationnement gênant… font partis de sa rhétorique bien huilée. Il se fait même ambassadeur culturel en listant les prochains évènements festifs ! Animateur expérimenté, notre homme, debout au milieu de sa tribune silencieuse, répond méthodiquement aux questions posées.
La relation de pouvoir est biaisée. D’un côté des habitant-e-s, peu habitué-e-s à la prise de parole en public, peu rôdé-e-s aux techniques d’argumentation et de contre-argumentation, avec comme seule arme "une question courte". De l’autre, un communiquant hors pair, un brasseur de bonnes paroles, disposant d’un temps de réponse non chronométré, s’autorisant des règles de communication qu’il édicte lui-même sous des allures de démocratie participative ("une question par personne afin que tout le monde puisse intervenir") et argumentant à l’aide de données difficilement contestables car non vérifiables au moment où elles sont déclarées. Le dernier mot reste toujours du côté du vainqueur. Autant dire du présentateur vedette : Jean-Loup Metton.
Si par réunion de quartier, il faut comprendre une séance de communication de Monsieur le Maire. La stratégie est réussie. La liste improvisée de "l’ordre du soir" est tellement hétérogène, les sujets abordés si nombreux que le rituel imposé ne permet pas de traiter en profondeur les thèmes discutés. Du coup, les "réclamations" ou les "alertes" auprès de notre première magistrature communale se caractérisent par des motivations exclusivement individuelles. Seul un parent d’élèves s’inquiète de la possibilité d’absorption de nouveaux enfants au sein de l’école Berthelot du fait de la poussée des immeubles aux alentours. D’un revers de main, notre Maire rassure ce parent trop soucieux en lui faisant un bref historique (la ville comptait 45 000 habitants en 1968, en a perdu 7000 en 1994 et peut donc facilement pallier à l’afflux de nombreux enfants). Rien sur le travail avec les associations de parents d’élèves, rien sur des flux démographiques prospectifs liés à l’arrivée réelle et potentielle de nouvelles familles, rien sur une réflexion globale qui engage la Ville mais surtout ses administré-e-s. La réunion de quartier n’est pas faite pour cela. Dès lors, surfe-t-on sur les sujets sans réflexion et prise de décision négociée. Les soumissions individuelles éparses, non reliées entre-elles, ne permettent pas de leur donner une cohérence globale. Pour justement un traitement global. Non au cas par cas telle une démarche qui pourrait fleurer bon le clientélisme.
Pire, on ressort de ce genre de réunion avec une représentation fantasmagorique de situations décrites. Le cas de la rue Perier est instructif. Même si une enquête approfondie s’avère nécessaire. Des riverains se plaignent de troubles de nuisances (bruits nocturnes, crachats, insultes…) du fait d’une bande de jeunes "qui fument pas toujours des choses très honnêtes". Le "quartier est invivable. Il y a une bande de racailles sous ma fenêtre" renchérit une habitante. Après maintes demandes d’interventions auprès du Commissariat, désespérés, ces riverains s’en remettent aux mains de l’homme de toutes les providences : le Maire. Les faits incriminés, certes inacceptables, pourraient justement faire l’objet d’un travail de concertation élargie : travail avec des éducateurs de rue (2 seulement parcourent la ville), accompagnement des jeunes pointés du doigt et de leurs familles par des structures spécialisées en insertion (sociales, psychologiques, médicales, économiques…), dialogue et négociation avec les riverains… Le Maire en profite pour développer sa thèse sécuritaire. En bon pédagogue, il rappelle les compétences respectives de la Police Municipale et du Commissariat de Police. Rassure le public en affirmant que la plupart de ces jeunes ne sont pas de Montrouge (la menace est toujours extérieure). Et conclut en proposant une réunion avec le Commissaire de Police, les riverains mécontents et sa personne, bien entendu. Si cette pirouette communicationnelle peut produire un certain effet devant l’assistance publique, on peut craindre que la recherche de la solution prônée ne résolve qu’artificiellement le problème. A moins de le déplacer ailleurs… Pour mieux réitérer le même discours lors d’une prochaine réunion de quartier...
Dès le lendemain de cette réunion, une visite nocturne sur le lieu dit accablant relativise la force des propos échangés. Hasard des circonstances, la rue était calme. Scènes anodines de passants noctambules et de voitures dont le moteur résonne comme un écho au silence ambiant. Trois bars ouverts sans éclats de voix. Tout juste un poste de télévision retransmettant un match de foot. Nous sommes loin de la situation apocalyptique décrite la veille. Qui croire entre ces deux extrêmes ? Pour tenter d’y répondre mieux vaut ne pas se contenter de déclarations grandiloquentes en réunion de quartier mais effectuer un travail négocié avec l’ensemble des acteurs de terrain.
A moins que l’image de communication du Maire ne prime…
C’est vrai qu’il y a peu de concertation véritable entre les élus et les électeurs de montrouge. Mais les tribunes d’opposition à l’équipe municipale gagneraient à donner des infos plus précises et moins de jugement de valeur sur le maire.
Il sera probablement élu encore très longtemps (peut-être comme son successeur),. Il utilise, avec son équipe, un fonctionnement autocratique (certain conseillers municipaux ou adjoints sont informés de projets le jour même de la scéance du conseil municipal) et, avec les habitants, une savante manipulation alternant la pseudo consultation informelle et les rumeurs alume-feux.
Mais c’est pareil dans beaucoup des 36000 communes de France.
Employons-nous à modofier ses projets urbains "mégalo" (EN PARTICULIER LES SURFACES COMMERCIALES qui finiront par s’inscrire sur les dettes de la commune), à participer aux réunions concertations légales (ZAC, PLU PADD) et aux moyens rationnels d’opposition : PAR EXEMPLE LE VOTE. Pourquoi se plaindre du maire quand on n’a même pas voté pour d’autres candidats ? Pourquoi les Français se sont-ils foutus la TROUILLE DE LEUR VIE LE 21 AVRIL 2002 ? Parce que beaucoup ne votent même pas.
Il y a des 100 aines de pays où on aimerait avoir des élections régulières et une démocratie qui fonctionne. NOUS L’AVONS. UTILISONS LA. LA DEMOCRATIE NE S’USE QUE LORSQU’ON OUBLIE DE VOTER.
Bertrand Fauquenot, citoyen votant sans aucun absence depuis 1979.