Dégustation de vin de quartier
dimanche 11 janvier 2004, par Franck Henry
A un tel rythme de réunion, on se demande à quoi il se dope. Au public sûrement. Au plébiscite assurément. Notre homme les enchaîne (les réunions, bien sur) à une fréquence boulimique. A n’en plus soif, même. D’ailleurs, ce soir là encore, il ne but rien. A moins que sa fontaine naturelle ne se remplisse de paroles échangées. A s’en saouler.
De 19h40 à 22h10, sans interruption et sans tituber, Jean-Loup Metton en unique "Guest star" a perduré son rituel annuel : une réunion de quartier. Au gymnase Aristide Briand. Histoire de se mettre en forme physique avec les habitant-e-s- d’un quartier souvent oublié : l’Est montrougien. Il faut dire que traverser l’ "autoroute urbaine" (la RN 20 qualifiée par un habitant et repris en cœur par notre premier magistrat de la Ville) relève d’un exercice périlleux. Du coup, un sentiment d’isolement voir d’autonomie de fait s’installe dans cette périphérique du centre ville, lieu grignotée par les installations tertiaires.
La salle est comble, ce jeudi 8 octobre 2003. Les joueurs sont nombreux pour se prêter à la traditionnelle séance des "questions/réponses". Inlassablement, notre homme d’orchestre répète sa partition tripartite : exposé des réalisations des services techniques, compte-rendu des décisions de la dernière réunion de quartier (16 octobre 2002) et micro circulant dans la salle pour la partie la plus croustillante. Un cocktail à consommer modérément.
Il y a comme un air de déjà entendu pour la personne qui se rend de nouveau dans ce genre de réunion. Des idiomes récurrents. Des messages martelés. Tous les registres sont permis. De l’éducatif : "Autrefois, les enfants faisaient leur sieste dans leur classe." Pour justifier les aménagements de locaux des centres scolaires en partie bibliothèque et autre espace informatique. Les stationnements "anarchiques" qui font oublier que sous le capot, il y a des moteurs humains qui les conduisent. Le côté "ludique" du projet de rénovation de la piscine. La "mention qualité de la Ville" du prix "Arturbain", prix inconnu du commun des montrougiens. La "signature de la Charte Ville Handicap". Les "45 kg de multimatériaux" collectés par chaque montrougien. Les opérations de "redynamisation du commerce" (carte Kikoo, rénovation des immeubles et des devantures de commerces…). Le "nettoyage des rues"…
Certaines phrases ne vacillent pas d’un souffle : "Tous les deux ans, nous mettons à disposition des salons de l’Hôtel de Ville pour célébrer un Montrougien célèbre." Côté solidarité : "Montrouge est la ville la plus généreuse des Hauts-de-Seine". Pour le Téléthon, il s’entend dire. Côté festif, "le seul, le vrai, le Père Noël de Montrouge". Rires assurés. Larmoiement continu avec ce triste constat "Montrouge magazine est toujours aussi mal distribué. Nous ne savons pas comment faire !" Cette fois-ci, la responsabilité de la Poste n’est pas publiquement citée.
A croire que justement le public ne lit pas consciencieusement Montrouge magazine ! Il est vrai que l’art de la communication est la répétition. Au moins s’assure-t-on que le message rentre bien dans le bon canal. Et la réunion de quartier perd-elle ainsi son sens d’un véritable travail de co-décision avec les habitant-e-s. Mais tel ne semble pas être le but de cette cuvée annuelle.