Du site au logement
samedi 13 janvier 2007, par Franck Henry
MontBouge dispose d’un grenier. Rempli d’articles qui s’entassent et qui ne sont pas publiés : idées, sources d’informations, brouillons... Le ménage aidant, on retrouve une perle telle que cet interview de Patrick Bertin réalisé en octobre 2003 peu de temps avant le portrait que nous lui avions consacré "Little big man, carte sur table". Patrick "maître du web" de Cheny.net dispose aussi dans son grenier de cartes anciennes sur Montrouge et de paroles de Montrougiens. Il s’était prêté à une séance spontanée de questions-réponses que nous publions telle quelle. Trois ans plus tard, nous lui demandons une autorisation de publication. En sus de son acceptation complice, il nous livre un texte qui justifie le fait qu’il ne s’occupe plus de son Méli-Mélo au Grand Montrouge. Si Internet peut relier les hommes et leur territoire, Patrick risque vite de se désabonner de Montrouge pour de sombres histoires de logement sur notre commune !

MontBouge : On sait que l’Internet a l’art d’abolir les distances mais un site sur Montrouge, plus exactement une sous-rubrique d’un site personnel dédié à Cheny (située à 20 km d’Auxerre), il y a de quoi en perdre ses repères géographiques. Pouvez-vous nous expliquer votre implication à l’animation de ce site situé à 154 km de Montrouge ?
Patrick Bertin : Le site est un cadeau fait à ma compagne, originaire de Cheny ; comme certains offrent des terrains sur la Lune, j’ai offert le nom de domaine "Cheny.net"
puis j’ai mis en ligne une petite vingtaine de cartes postales anciennes qu’elle possédait sur sa commune d’enfance.
Nous nous sommes pris au jeu... N’ayant plus d’activité salariée, je passe tout mon temps à la réalisation du site.

Mb : A l’image de "Cheny.net", et en développant "Méli-mélo au Grand-Montrouge", pourquoi ne proposez-vous pas un "montrouge.net" (axé sur l’histoire, des témoignages d’anciens...) ? Est-ce en projet ?
P. B. : Ce n’est pas mon but de faire un "montrouge.xxx". Je pense que pour faire un tel site il faut être tombé dedans quand on était petit... Et puis j’ai encore beaucoup de travail sur Cheny : depuis un an et demi j’entasse des images mais la partie rédactionnelle n’est pas commencée ! Je veux bien partager mes ressources mais pas me plonger dans un tel ouvrage.
Mb : D’où vous vient cette passion pour les cartes postales anciennes, la philatélie, la marcophilie... ?
P. B. : Je ne me considère pas comme un cartophile ou autre "iste" : je privilégie l’objet en tant que tel, pas en rapport avec sa valeur. J’ai quelques belles cartes au sens cartophile (avec des animations, des machines ou des métiers) mais ce ne sont pas nécessairement celles auxquelles je tiens le plus. D’un autre côté il est vrai que maintenant nous avons une belle collection de cartes.
Mb : La carte postale semble être le reflet d’une époque. Un instant figé d’une scène de vie, d’un monument de l’histoire. Mais n’est-elle pas non plus un objet de propagande ? De publicité ?
P. B. : Oui, oui et oui... Une commune qui commande des cartes postales ne demande pas qu’on photographie ses quartiers pauvres mais ses belles maisons, ses belles usines, ses belles avenues, etc... La personne qui envoie la carte est fière d’habiter une belle ville ! Rien de tel que ces petits rectangles pour passer un message.
Dans notre "GRENIER" vous pouvez voir des cartes portant un message d’amour, de patriotisme, politique, syndicaliste ou des souhaits... et certaines de ces cartes sont offertes par une marque (voir le succès actuel des cart’com).
Le message est aussi fonction de l’expéditeur et du destinataire. Je prends l’exemple d’une carte qu’on trouve dans le "GRENIER" consacré au muguet (oui, oui, muguet, pas le 1er mai) ; sur cette carte on voit des militaires en batterie et la légende indique que c’est un 1er mai. Si cette carte est envoyée à un syndicaliste, il va voir une image de la répression tandis qu’un conseiller du MEDEF va voir la troupe qui protège la ville contre des casseurs...

Mb : L’urbanisme et la vie sociale à Montrouge se sont considérablement développés. Quel regard portez-vous sur cette évolution dite moderne ? A votre avis, pourquoi n’a-t-on pas réussi à garder des édifices architecturaux historiques à Montrouge ?
P. B. : N’ayant plus d’activité professionnelle, mes horaires sont décalés par rapport à ceux de la population active et la majorité des personnes que je croise dans la journée sont des personnes du troisième âge, des jeunes femmes enceintes ou des jeunes mères de famille. Le résultat est que les immeubles construits à la place d’immeubles vétustes me semblent froids, surtout dans des ensembles qu’on a voulu populaires mais dont les commerces ferment les uns après les autres et où les avis d’huissiers remplacent les panneaux indiquant les ouvertures... Quant aux édifices tels que l’église, ils ont été construits à une époque où Paris était à 3 kilomètres, dans une commune très étendue ; des choix ont été faits, bons ou mauvais mais le résultat est là... Il vaut mieux se mobiliser pour sauver ce qui reste !
Mb : Depuis combien de temps vivez-vous à Montrouge ? Comment trouvez-vous cette ville ? Quelle implication locale y avez-vous (associative, politique, sociale...) ?
P. B. : Vous auriez dû commencer par là. Après avoir habité quatorze ans à Paris (dans le quartier du Petit Montrouge d’ailleurs), nous sommes arrivés à Montrouge il y a 5 ans ; à l’époque j’étais gravement malade et il m’était impossible de monter les 5 étages de l’immeuble où se situait notre appartement. Je me suis mis devant mon PC... et j’y suis encore la majeure partie du temps.
Après avoir connu la vie en grande banlieue, la vie à Paris, la vie à Montrouge est encore autre chose, avec ses pavillons d’un côté et la capitale de l’autre. J’y suis au calme dans le quartier du Vieux Montrouge où certains commerçants vous saluent quand vous passez devant leur boutique. J’ai abandonné toute vie associative depuis quelques années ; de toute façon, à l’heure où commencent les réunions j’ai envie de me coucher, et à l’heure où les réunions se terminent, je me lève ! Il n’y a qu’Internet... et le site "[Cheny mon Village->Cheny.net]" pour palier au décalage horaire.

Mb : Comment êtes-vous arrivé à l’animation technique de vos nombreux sites Internet ?
P. B. : Je ne peux pas employer le mot de dinosaure qui a sa signification propre, mais je navigue sur le net depuis 7 ans ; j’ai commencé à une époque où les choses étaient plus simples et où l’esprit était différent (voir la défunte Mygale [1] ) et tout le monde apprenait... Je pense être resté à ce stade en ne travaillant qu’en HTML lisible par tous, en mettant des textes au format PDF accessibles à tous, en payant pour ne pas imposer de publicité, etc... L’idée nous est venue de donner la parole à des internautes icaunais (habitant-e-s de l’Yonne - ndlr) qui auraient des choses à partager en leur donnant un peu de place ; c’est ainsi que Laurence nous a demandé un petit coup de pouce pour montrer ses créations, comme des habitants de Montacher-Villegardin et de Dixmont nous ont demandé d’exposer des documents sur leurs communes. Parallèlement nous avons continué à publier le "GRENIER", semi-indépendant du site. Ce sont en fait des modules qui sont venus s’imbriquer autour du noyau Cheny.
Mb : En consultant la rubrique "Elections 2002" de Cheny.net, les résultats indiquent que M. JM. Le Pen a obtenu 25,50% des voix (avec 285 votants), au premier tour des élections présidentielles (le 21/04/2002). Quant aux élections législatives, M. M. Fournier, toujours du Front National, avec 204 votants, a conquis 20,80% des électeurs du premier tour. Comment expliquez-vous ces scores pour un village de l’Yonne, bien éloigné des problématiques sécuritaires des grandes villes ?
P. B. : Le record de votes pour JMLP dans l’Yonne est détenu par un petit village : 45,90 % ! Les électeurs ont voté comme partout : donner une baffe à Jospin et un avertissement à Chirac avec en plus un vote face à une explosion de la délinquance ces dernières années. Ce sont maintenant les commerces des villages qui sont attaqués, Cheny a eu une voiture de brûlée... vous y ajoutez la crise économique et vous avez un bouillon de culture où se développent le FN et le MNR.
Mb : Que pensez-vous de la percée du Front National ? Et sur un plan local, le fait que nous ayons une conseillère du MNR ?
P. B. : Dans un bulletin municipal de Montrouge (il faudrait que je le retrouve) la municipalité laisse une place pour que s’exprime l’opposition. La partie de la page réservée à l’opposition de gauche était vierge : la place réservée était trop petite. Par contre la partie restante et réservée au MNR était occupée par une tirade haineuse. C’est tout, une page blanche ne convainc personne alors qu’un texte de quelques lignes risque de contaminer une personne...
Publication du courrier de Patrick Bertin à une amie qui s’inquiétait de ne plus le voir travailler sur "Méli-mélo au Grand-Montrouge".
"Je ne suis pas un enfant de Montrouge, mais enfant de Livry-Gargan. Une commune avec ses pavillons, ses petites et grosses usines, une
poufrerie nationale... J’habitais au n° 30 d’une rue. Mes grands parents maternels habitaient au 41 et mes grands parents paternels au 28 ; comme je pense dans votre enfance, je jouais chez l’un ou l’autre des voisins, pouvais jouer dans la rue, connaissais tout le monde.... une enfance de banlieusard.
Quand nous sommes arrivés à Montrouge, j’ai retrouvé un esprit qui habitait encore les rues et me suis senti à l’aise dans cette commune.
Mais il y a un an, nos propriétaires, que nous considérions comme des amis, ont décidé de vendre. Ils ont su qu’ils nous faisaient une vacherie, alors, pour se donner bonne conscience, nous ont accusé de tas de choses.
Dans un an nous aurons quitté le 3 rue Louis Rolland et ça ne nous emballe pas du tout : nous sommes si bien ici !
Et là nous regardons Montrouge ; les traces du passé se sont évaporées, nous n’y voyons que des immeubles de standing construits dès qu’un terrain se libère. Quand nous avons expliqué à nos "ex" propriétaires qu’avec une pension d’invalidité et un salaire de fonctionnaire, nous n’aurions pas les moyens de nous loger aussi bien que nous l’étions, ils nous ont répondu sèchement qu’ils ne feraient pas de misérabilisme (curieuse réaction pour deux militants PS !!).
Ce sont des faits que je n’ai pas encore digéré ; à près de 50 ans, quand tous les autres quittent un petit logement pour un grand, nous allons faire l’inverse !
C’est sans doute pour ça que je ne touche plus au site de Montrouge, je m’en sens exclu..."
[1] Mygale désigne un important (20 % de l’internet français) site français d’hébergement de sites de particuliers créé en 96. Il a dans un premier temps été fermé par l’administration avant d’être récupéré par Havas On Line, puis d’être abandonné en 98. Mygale est alors devenu multimania.
Ben voilà ! Adieu la rue Louis Rolland ! Bonjour le boulevard Romain Rolland ! Le boulevard Romain Rolland, vous savez, une avenue où, selon le dernier bulletin municipal, il est interdit de construire à cause des nuisances sonores... C’est vrai qu’il y a le prériph, mais à par les accélérations brusques des motards (Grrrrrr !) ça fait un bruit de fonds qu’on oublie et qi ne traverse pas les doubles vitrages. Sous nos fenêtres, il y a un collège ; c’est amusant, mais quand il y a le bruit du prériph en continue et une récréation, ça me rappelle la plage : le ronronement de la mer et les cris des enfants au loin... Puis en face, il y a le cimetière de Montrouge (bien fleuri depuis début novembre) ; un p’tit tour pour saluer Michel Audiard, Albert Simonin, Henri Queffélec et Coluche. J’ai même vu qu’un internaute de la résidence (95 boulevard Romain Rolland) avait passé un petit mot sur Montbouge ! Sur le site "Méli-mélo au Grand-Montrouge", à http:www.grand-montrouge.net j’ai mis en ligne un blog où j’explique pourquoi je suis passé dans l’opposition municipale pour une histoire de cartes de visite... !
Salut les amis !
Patrick Bertin