Un si joli petit village
Les semaines se suivent mais ne se ressemblent pas. A la colère exprimée au Vieux Montrouge [1], la réunion de quartier du Village Jean Jaurès du 4 octobre s’est déroulée comme un long fleuve tranquille. En fait, pas si long : à 21h30, l’affaire était dans le sac. On en regretterait presque le minuit surexcité de la semaine précédente ! Autre signe d’évolution, Jean-Loup Metton fait intervenir certains responsables techniques. Même si le naturel reprend vite le dessus...
Du côté de chez soi
Les sujets, ce soir là, sont sérieux, philosophiques. Touchent la profondeur de l’âme humaine : les nuisances noctambules de « jeunes voyous » rue Périer, les décharges sauvages, les crottes de chien qui en mettent partout, des stationnements squattés par des épaves ou des stationnements pas assez nombreux quand on reçoit des amis...
Un parfum de déjà entendu. Deux ans plus tôt [2]. Comme si la réunion de quartier était le bureau des plaintes, un cahier de doléances, éternellement répétitifs. Ces interpellations peuvent paraître mineures. Elles semblent préoccupantes pour les habitants présents. Comme si une révélation publique d’un problème allait tout régler. D’autant que ces tracas du quotidien ont généralement été soumis aux services compétents. Et de constater que peu ou rien n’a été fait. A minima, la situation perdure. Au lieu de mettre en difficulté notre Première Magistrature communale, ces réclamations individuelles sont l’occasion pour le Maire de s’emparer du problème à bras le corps, de comprendre la situation en moins de 5 minutes et d’apporter la solution ultime : « Vous me faites un petit mot », « Envoyez-nous un courrier », « Transmettez-nous le dossier, on est preneur »... Justement qui est réellement pris ?
Et la formule fait miracle. Nous avons un Jean-Loup Metton attentif, rebondissant sur tous les sujets, trouvant réponse à tout. Et on se quitte en se disant qu’il doit être vraiment formidable !
Des projets mais pas trop
Des participants tenteront d’en savoir plus sur l’avenir du site Schlumberger : maintien des entreprises Areva et Axalto, récupération du parc comme espace vert municipal, certitude qu’il n’y aura pas construction d’immeubles sur la zone... Soudain, une habitante, salariée de la Délégation Générale de l’Armement signale que son entreprise va s’installer sur le site. Seul l’emplacement des parkings poserait problème. Certains salariés auraient reçu une lettre de mutation pour aller à Montrouge. Pour notre Maire, ce scénario est « inacceptable ». Non pour des raisons antimilitaristes, tout simplement parce que « la DGA ne paye pas de taxe professionnelle ». Il est vrai les 2 millions d’euros que rapportaient Schlumberger restent appréciables et appréciés. Du coup, Jean-Loup compte se « battre contre une ministre - ndlr Michèle Alliot-Marie ». D’ailleurs, « un courrier est parti cet après midi. » Heureusement que la réunion ne se déroulait pas la veille.
Loge... ment
Un homme de 42 ans s’empare du micro. Timidement. Calmement. Feuille à la main. Il est Camerounais. Habite avenue de la Marne. Détaille précisément sa situation : sa domiciliation exacte, le nom de sa propriétaire, l’âge et les lieux de scolarisation de ses 3 enfants, la date de célébration de son mariage par une adjointe au Maire, le numéro de dossier de demande de HLM (en janvier 2001) et celui de l’OPDHLM (en 2002), la date d’une réunion avec le Maire (en février 2003), son courrier de relance par rapport à sa demande de relogement (en 2004). Cette famille de 5 personnes vit dans un studio. 17 m2 précisément. Qui plus est susceptible d’être frappé d’insalubrité pour risque de saturnisme : une visite d’inspection (en août 2002) aurait identifié du plomb dans les peintures. Un pavé humain dans la marre luxuriante qui entoure les problématiques exprimées. « Que faire pour que ma famille puisse obtenir un logement décent ? » La question fuse de réalisme. D’ultime appel au secours telle une main tendue. Des applaudissements soutiennent cette intervention. Trop peu. Le Maire répond que « la ville n’a pas de logement », qu’il y a « un déficit considérable de logements en France », que sur 10 rendez-vous dans le cadre de ses permanences 6 sont liées à des difficultés de logement, que depuis qu’il est Maire « 800 logements sociaux ont été crées » mais qu’on ne le sait pas tellement ils sont bien intégrés (les logements), que le plan Borloo est là, que... « ça ne va pas régler votre problème qui ne se règle pas du jour au lendemain. » Depuis 2001, c’est pas d’hier.
Cette histoire fut une parenthèse décapante, une anecdote décalée dans le flot des questions récurrentes. Puis chacun retourna chez soi. Même dans un 17 m2.
[1] Lire l’article « Pas de quartier pour ce genre de réunion ».
[2] Lire l’article « Ze one man show ».