Le CPE est un sport de combat
Son objectif est d’intégrer l’équipe de France de Karaté. A 20 ans, Peggy Cantave Fuyet détient une ceinture marron.
Depuis l’age de 6 ans, elle pratique son art de vivre. « C’est une philosophie, une manière de vivre, parfois même de penser ». Actuellement membre de l’équipe féminine de combat du SIK au Dojo parisien [1], elle « vacille entre le journalisme et la pratique du Droit ». Le genre de personne qui peut vous aider à y voir plus clair, notamment en situation de crise. Telle que celle liée au Contrat Première Embauche dit CPE.
Arrivée de Montréal, Peggy vit à Montrouge depuis le 29 mai 2005, date du référendum sur le traité constitutionnel européen. Hasard du calendrier politique ! Autre destinée, l’acronyme de son nom signe l’appartenance de son parti politique : le PCF. Membre de la section PCF de Montrouge, elle travaille comme adjointe administrative au journal l’Humanité in English. [2]
Etudiante en Droit à Paris II-Assas et membre de l’UNEF à cette université, elle porte un regard engagé, combatif vis-à-vis du CPE. D’ailleurs, pour elle, le CPE est « un combat à durée indéterminé » [3]. Entretien avec une jeune montrougienne qui voit la vie en rouge. Avec convictions.
Montbouge : Quels sont tes idéaux ?
Peggy Cantave Fuyet : Vivre dans un monde meilleur ! Mais en fait, je crois qu’il faut se battre chaque jour pour tenter d’améliorer les choses petit à petit. On n’est pas en pleine révolution, mais petit à petit, un fossé ce creuse et je crois que la France est malade. Essayer d’imiter certains pays européens qui ont choisi le libéralisme sauvage n’est pas une solution pour l’économie du pays. La précarisation de la population va de toute façon ralentir cette économie puisque les gens ne feront plus d’investissements, achèteront moins étant donné l’affaiblissement de leur pouvoir d’achat et travailleront avec moins d’enthousiasme. Les prix montent, les salaires des travailleurs baissent et les profits des patrons augmentent à une vitesse fulgurante. C’est tout de même aberrant qu’on demande sans cesse aux travailleurs, aux moins nantis, de se serrer la ceinture, alors que les grands patrons continuent à se remplir les poches, au point où les sous en débordent. C’est paradoxal qu’il y ait des millions d’euros de profits et des licenciements de masse.
Mb : Force est de reconnaître que notre société post-industrielle se casse les dents sur un fléau qu’elle engendre : le chômage. Cela fait trente ans que cela ne cesse de progresser. Quelle dynamique économique faudrait-il mettre en place ?
P.C.F. : Est-ce qu’on est prêt à se laisser « dictatoriser » par les industries parce qu’on a peur qu’elles aillent voir ailleurs ? Est-ce que ces sacrifices en valent la peine ? Pour moi, c’est clair que non ! Pourquoi est-ce qu’on leur offre des avantages sans rien obtenir de positif en retour ? Avec le CPE, non seulement on leur offre des travailleurs bon marché, mais en plus, on leur fait des exemptions fiscales ! Le rapport de force est totalement déséquilibré et inversé au profit de l’employeur. C’est tout à fait scandaleux ! Le gouvernement, je le soupçonne de vouloir diviser pour mieux régner. Par exemple en opposant les jeunes aux plus vieux. Faciliter l’emploi des jeunes avec des mesures qui privent ces mêmes jeunes de certains droits tout en forçant un peu les plus vieux à céder leur place. De cette façon, les patrons paient moins cher pour des jeunes qu’ils pourront licencier du jour au lendemain. Ce ne sera même pas la peine d’essayer de se syndiquer !
Je crois que flexibiliser l’emploi ou le code du travail n’est pas la solution à prendre. Il faudrait faire une sorte de parcours sécurisé pour les travailleurs. Afin qu’ils ne restent pas longtemps au chômage, on pourrait permettre qu’à la perte d’un emploi, ils puissent bénéficier de formations pour se respécialiser dans des domaines et secteurs où il manque de main-d’œuvre et où il y a des possibilités d’emploi. Tout cela, sans perte de salaire et financé par le secteur public. Je crois aussi qu’il faudrait nationaliser beaucoup d’entreprises. Je ne suis pas une spécialiste en économie, loin de là, mais je suis persuadée que ce que le Gouvernement nous propose aujourd’hui n’est pas bon pour notre avenir.
Mb : N’assiste-t-on pas à une crise démocratique où les principaux acteurs intéressés (les moins de 26 ans) n’ont pas été consultés ?
P.C.F. : Oui, je crois qu’on est en pleine crise. La France est malade et la jeunesse crie sa détresse. Le Premier ministre n’a pas consulté les principaux intéressés parce qu’il se méfiait probablement de leur réaction. Je crois qu’avec cela, l’image de Villepin bon enfant a disparu chez la majorité des jeunes. Maintenant qu’ils ont vu son vrai visage, ils ne voteront pas pour lui et, dans ce sens, c’est positif. Maintenant, je ne sais pas vers qui ils se dirigeront, mais j’ai peur que ce soit vers Ségolène Royal. Ségolène fait plutôt partie de l’aile Droite du PS. Je crois que ce serait dangereux qu’elle soit au pouvoir. Une femme qui admire Blair et sa politique économique... ça ne m’inspire pas confiance. On a beau dire qu’il y a moins de chômage en Grande-Bretagne, mais lorsqu’on réfléchit un peu, ce n’est pas aussi évident. Premièrement, parce que le calcul se fait différemment d’un pays à une autre. Deuxièmement, parce qu’on peut toujours faire jouer les chiffres en sa faveur en ajoutant certaines catégories et en soustrayant les indésirables. Troisièmement, parce que moins de chômage ne veut pas dire moins de pauvreté. Il faut voir la qualité de vie des travailleurs, leur pouvoir d’achat et il ne faut pas oublier de regarder aussi le nombre de pauvres et d’SDF, qui ne sont pas comptabilisés. Sarkozy, je ne crois pas qu’il soit populaire auprès d’une majorité de jeunes. J’espère vraiment que la jeunesse va voter massivement pour empêcher qu’il passe. J’ai peur, oui j’ai peur du résultat des élections présidentielles. J’espère que le résultat pourra amener un réel changement dans la politique française. Un changement, mais pas dans le sens où la Droite l’entend, non ! Pas une aide au MEDEF, mais plutôt une aide aux travailleurs et aux plus démunis. Un changement qui pourrait redonner de l’espoir à ceux qui n’en n’ont plus... Ceci dit, j’espère que la Gauche arrivera à se mettre d’accord sur un programme. Maintenant que la jeunesse a pris la parole, celle de la rue, j’espère qu’elle saura l’affirmer aussi massivement dans les urnes.
Mb : Tu es correspondante pour l’Huma. Pourquoi avoir choisi ce journal ?
P.C.F. : L’Humanité est un journal que j’affectionne particulièrement pour plusieurs raisons. D’abord, parce que mon père en est un lecteur fidèle. Il le lisait aussi de Montréal par Internet. Ensuite, parce que qu’il offre une perspective que d’autres journaux n’ont pas. C’est un journal de Gauche. Il est plus près des travailleurs, du peuple. J’aime bien lorsqu’il y a des interviews et qu’on nous donne des exemples de personnes qui vivent dans certaines situations en expliquant réellement le fond du problème et aussi lorsqu’on décrypte des textes en les comparant avec leur vraie nature. Et enfin, je crois que c’était une idée géniale de permettre aux jeunes de dévoiler leurs talents dans le journal. La jeunesse c’est l’avenir. Permettre à la jeunesse de s’exprimer, d’expliquer comment elle se sent, comment elles voit les choses, je crois que c’est primordial. Il faut écouter les jeunes pour les comprendre. Les écouter, pas juste les entendre et c’est ce que le Premier ministre n’a toujours pas compris.
Pour en savoir plus sur Peggy, consultez son site Internet.
[1] Cette équipe s’est distinguée en remportant une médaille de bronze à la coupe de France (octobre 2005) et une médaille d’or au championnat de France (mars 2006).
[2] Il s’agit de la version anglaise du journal l’Humanité, sur le Web, créé en 2004.
[3] Titre de son article issu de « Libres échanges » du journal l’Humanité.