Enquête sur le PLU : 100% des répondants ont donné leur avis
vendredi 20 octobre 2006, par Erik Zolotoukhine
Une de nos questions, et pas des moindres, était de savoir quelle serait l’utilisation des résultats par la municipalité. On avait envisagé 4 hypothèses : "l’étude en interne sans aucune diffusion", c’était peu probable et, il faut bien le dire, frustrant, ne serait-ce que pour l’auteur de ces lignes ; "l’exploitation à des fins électorales", c’est, soyons honnête, un peu tôt… Alors, restent les 2 dernières possibilités : "la diffusion impartiale" ou "l’utilisation comme outil de communication" ? Entre les deux, notre raison balance ! S’il est vrai que de nombreuses réponses aux questions sont données, l’utilisation de l’une d’entre elles sur la couverture du Magazine laisse rêveur ! Ainsi, nous sommes "93% à être satisfaits de vivre à Montrouge". Certes… mais comment interpréter ce résultat ? Satisfait parce qu’il fait bon vivre à Montrouge ? Parce que Montrouge est près de Paris ? Ou près de son lieu de travail ? ... Montrouge Magazine ne s’embarrasse pas de ce mystère, qui déclare que c’est le signe d’une "vraie satisfaction globale" ! Et ce 93% est rapproché de la réponse à une autre question tout aussi énigmatique, qui nous apprend que 76% des habitants "envisagent de vivre encore à Montrouge dans 10 ans". Un esprit chagrin pourrait s’interroger sur les 17% de Montrougiens qui sont donc "satisfaits" mais "qui n’envisagent pas de rester dans leur commune"… Pour clore ce chapitre, laissons le dernier mot à Jean-Loup Metton, qui écrit dans son éditorial : "nous avons eu la bonne surprise de constater que 93% des habitants sont satisfaits de vivre à Montrouge". Si même le maire est surpris…

Autre question que nous avions laissé en suspens : le mode d’interrogation, via la distribution du questionnaire. Certains éléments de réponses sont à lire en creux dans l’interview de "l’expert" de la Sofres, en conclusion de l’article de Montrouge Magazine : "la Sofres a reçu 4.300 questionnaires, soit un taux de réponse de l’ordre de 20%". Environ 21.500 questionnaires auraient donc été distribués, auprès d’une population de 42.000 habitants, soit 30.000 "adultes" environ. Les esprits calculateurs auront déduit que 2 personnes sur 3 ont donc eu l’occasion de donner leur avis. Malheureusement, nous ne saurons pas ce qui a conduit à l’éviction d’un tiers de la population : des critères aléatoires, géographiques, selon le type d’habitat … ? Pour ceux qui douteraient de nos calculs, nous connaissons nombre de personnes n’ayant pas reçu le questionnaire. Et même parmi les rédacteurs de MontBouge, c’est dire…
Autre précision de l’expert, qui répond, entre les lignes, à une autre de nos questions : "la légitimité d’une telle démarche ne repose pas sur des notions de représentativité au sens statistique du terme, mais sur la prise en compte de tous les avis de ceux qui ont souhaité s’exprimer". Il faut comprendre : "nous n’avons pas redressé les résultats selon les critères socio-démographiques habituels (sexe, âge…) mais nous avons pris en compte, à part égale, les opinions de tous ceux qui ont pu s’exprimer". Dans ces conditions, il est plus que probable que les habitants les moins favorisés, dont la vie quotidienne dépend particulièrement du PLU sur de nombreux aspects (logements sociaux, infrastructures scolaires et périscolaires, transports…), sont nettement sous-représentés dans l’échantillon étudié. Quant aux abstentionnistes, qu’ils l’aient décidé ou non, ils ne seront pas pris en compte…
Rendons grâce à la municipalité, beaucoup des résultats sont fournis dans l’article de Montrouge Magazine. Et comme tout va bien dans le meilleur des Montrouge, les opinions exprimées seront suivies d’effet puisque, de nombreuses fois, on nous avertit que le PLU va tenir compte des avis, quand il ne les a pas devancés ! On relève cependant quelques silences éloquents. Petite revue de détail dans les méandres des chiffres présentés et des conclusions tirées par la mairie…
Premier chapitre : l’environnement, soit la première des priorités des Montrougiens. Aux 97% d’entre eux, "favorables au développement des espaces verts", la municipalité promet surtout le statu quo : "protection des 30 hectares d’espaces verts privés, des 8 hectares d’espaces verts publics, des arbres remarquables…". Pour le développement, on se contentera essentiellement de la "plantation obligatoire de 2 arbres de haute tige par parcelle de 100m2", du "rachat de parcelles non constructibles". Les observateurs avertis se souviendront des 20m2 d’herbe, inaccessibles et ornés d’un vieux puits, qui ont poussé en lieu et place d’une jolie boulangerie jadis reconvertie en un délicieux capharnaüm de nourriture littéraire [1]. Mais n’en doutons pas, comme le dit la conclusion du chapitre : "ces dispositions répondront aux souhaits de la population"…
Au chapitre du logement, on apprend que la majorité des Montrougiens considèrent que "le parc de logements sociaux est suffisant" (il était précisé dans le questionnaire que, "conformément à la loi, ce parc est de 20% sur le territoire de la commune"). Dont acte. Mais, félicitons-nous, la municipalité écoute aussi les minorités, puisqu’elle annonce "qu’il faudra tenir compte des 28% qui considèrent qu’il faut en construire davantage" ! Pour conclure, à la phrase suivante, que "la Ville de Montrouge cherche à maintenir le taux d’offre actuelle de 20% de logements sociaux". Traduction : la Ville cherchera à respecter la loi… Autre exemple d’attention envers les minorités : les 32% qui estiment que "certains bâtiments mériteraient une protection" (comme les 52% qui souhaitent le "maintien du nombre de pavillons"), seront entendus puisque "le PLU envisagera la protection et la mise en valeur du patrimoine bâti". Quand ? Mais… "à chaque fois que cela se justifiera" !!! On aurait préféré des exemples…
En matière de nouvelles constructions, la municipalité prend acte de ce que ses administrés souhaitent et en tiendra compte : "construire des logements, mais de façon modérée", "déterminer les implantations et limiter la hauteur des nouvelles constructions en fonction des immeubles voisins". Elle en déduit donc assez logiquement que "plutôt qu’établir une règle générale applicable uniformément… l’étude au cas par cas semble plébiscitée". Et rapproche ces résultats (comment n’y avons-nous pas pensé !) des 64% de "suffrages recueillis par l’idée de bâtir une tour emblématique de Montrouge à l’architecture remarquable en bordure du périphérique". Voilà assurément un(e) tour de force, en matière "d’harmonie esthétique", de limitation des hauteurs… ! Soyons cependant respectueux de la démocratie puisque la majorité semble apprécier ce projet, dont il était précisé dans la question, et en toute objectivité, qu’il "contribuerait à dynamiser l’image de la ville". On aurait toutefois aimé que soit précisé le lieu envisagé de cette construction : car de l’immeuble Pfizer à l’Est jusqu’à Apollonis à l’Ouest, sauf à dynamiter des immeubles encore récents, il ne reste pas beaucoup d’espace. L’extrémité nord-est de la commune (à la limite de Gentilly et du périphérique) semble avoir été évoquée comme emplacement possible : pour faire de l’ombre aux anges verts de l’église Notre-Dame de Gentilly, monument classé ?
Pour les entreprises, pas de souci pour elles, même si le chapitre commence par une coquille qui complique la lecture des résultats. Dans la question, les Montrougiens avaient le choix entre "maintenir les entreprises en place et favoriser de nouvelles implantations" ou "maintenir les entreprises… mais interdire les nouvelles", ou "déplacer les entreprises hors des quartiers d’habitation" (où donc, demanderaient les plus vicieux ?). En guise de réponse, on apprend que 91% sont "favorables au maintien de l’implantation de nouvelles entreprises", soit une contraction malheureuse des 2 premiers choix ! Et le paragraphe de conclure que "le PLU prévoira des secteurs spécifiques pour accueillir les entreprises", sans doute pour faire aussi plaisir à ceux qui auront choisi le 3e choix ! Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, "l’étude de création de zone de bureaux et d’activité… est engagée". On n’en doutait pas ! Par contre, en matière d’infrastructures communales, si la municipalité constate que 47% des Montrougiens jugent "prioritaires l’ouverture de nouvelles crèches et de nouvelle classes de maternelles" (et pas de primaires, contrairement au graphique présenté), et si, pour conclure, la mairie semble se féliciter que "même les foyers sans enfants se prononcent en faveur de cette politique", l’ordre de ses priorités ne semble aujourd’hui pas le même : il est fait mention, dans le paragraphe suivant et dans cet ordre, de la rénovation du Conservatoire (terminée), de la piscine (en cours) et du théâtre (prévue), puis "également de la réalisation de nouveaux équipements tel que le gymnase du quartier Est , l’accueil de la petite enfance, une école prévue" (enfin ! et pour combien de temps ? ce genre de promesses n’ayant pas toujours été suivi d’effet, ZAC Sud par exemple…) dans la ZAC Portes de Montrouge…".
Concernant les déplacements, le silence est plus assourdissant. A toutes les questions posées, nous ne connaîtrons que 2 réponses : 59% des Montrougiens estiment que "l’amélioration des transports en commun pour rejoindre Paris est un objectif prioritaire" et 69% sont "favorables à la création de places de stationnement (de voitures)". C’est une chance ! C’est justement ce que la municipalité a entrepris : prolongement de la ligne 4 du métro parisien et agrandissement du parc souterrain de la place Cresp… On se félicite évidemment de l’arrivée du métro (dont l’extension ne dépend d’ailleurs pas que de la ville de Montrouge, loin s’en faut). Mais les autres questions posées, sur les déplacements dans la commune, les rues piétonnes, les voies cyclables ? Est-ce à dire que cela n’intéressait personne ? On en connaît qui doivent bouillir, sous leurs casques et leurs pinces à vélos… [2]
Dernier chapitre, les commerces : la municipalité se montre plus visiblement à l’écoute de ses administrés, qui constate que si 75% d’entre eux sont "satisfaits de la qualité des commerces", ils sont 48% à être "insatisfaits quant à leur diversité". La mairie entend donc, et c’est bien, "favoriser l’implantation de petits commerces plutôt que de grandes surfaces". Mais on insistera auprès de nos élus sur un élément, non commenté dans leur exposé : parmi les types de commerce souhaités par les Montrougiens, les "services" (c’est-à-dire "les banques, les agences immobilières…" comme il était précisé dans le questionnaire) ne sont que très peu cités, et beaucoup moins que les commerces culturels, d’habillement, d’équipement de la maison et alimentaires. Faut-il alors nécessairement, comme il est proposé, "interdire le changement de destination des commerces", dès lors qu’il s’agit d’une banque ou, au hasard, d’un opticien ? On s’étonnera pour finir de l’étonnant résultat qui montre que 56% (seulement !) des habitants sont "inquiets pour l’avenir des petits commerces de Montrouge", à l’annonce de l’ouverture prochaine d’un centre commercial de 80.000 m2 à la Vache Noire. Ou on se réjouira (au second degré et en riant jaune) de la résistance des interviewés, face à une question quelque peu orientée…
"Vous avez la parole !" : telle était la promesse faite sur le questionnaire proposé par la mairie. On l’a déjà dit, 2 personnes sur 3 ont eu le loisir de participer à l’enquête. En matière de sondages, rien à redire, il s’agit d’un échantillon extrêmement important : quotidiennement, les instituts de sondage interrogent 1.000 personnes, qu’ils présentent comme représentatives des 40 millions d’électeurs français ; avec, souvent (si ! si !), des résultats fiables. Mais en matière de démocratie locale participative -démarche revendiquée dans le titre même du dossier de Montrouge Magazine-, cela revient à écarter 1/3 des personnes concernées. Que dirait-on si, à l’approche d’une élection, il n’était distribué que 2 cartes d’électeurs sur 3 ? L’expert de la Sofres nous assure pourtant que "l’important (dans une démarche de démocratie participative), c’est que chacun ait eu la possibilité de s’exprimer". Comme on aimerait être d’accord avec lui… Mais halte au mauvais esprit ! La municipalité nous promet que le dialogue va continuer "pour finaliser ensemble le PLU, il y aura entre autre une exposition et une réunion publique". Elle précise, pour ceux à qui cela aurait échappé, que "ce n’est pas une nouveauté" ! Au fait, "entre autre", qu’est-ce que cela signifie ? Qu’y aura-t-il donc de plus que l’expo et la réunion ? Merci d’avance de nous prévenir rapidement car, comme le précise le calendrier du PLU [3], "le Conseil municipal approuvera le PLU en décembre 2006", "le projet du PLU ayant été arrêté par le même Conseil en… juin 2006". Alors, une réunion ? Deux ? … Des réunions de quartier se tiennent en ce moment. Et si les "abstentionnistes" venaient y faire entendre leur voix ? Et sur quelques points, contredire notre maire qui ajoute dans son éditorial que, "au vu des résultats de la consultation, nous avons pu voir que nos objectifs étaient totalement (sic !) en phase avec les Montrougiens"... Comme l’expert de la Sofres le fait intelligemment remarquer : "in fine, l’impact de cette démarche dépend aussi de la capacité de la municipalité à répondre aux attentes exprimées"...
[1] Pour revisiter ce lieu en en savoir plus sur son histoire, lire l’article « Au coin de la Villa Leblanc »
[2] Pour en savoir plus, lire l’article « Quand le vélo déraille à Montrouge »
[3] consultable en ligne sur le site officiel de la Ville
Oh honte a moi de ne pas avoir renvoyer le formulaire !!
Mais je fais parti des 93% de content(e)
Mais la réponse a la question n’est t elle pas implicite ??
Si je ne suis pas contente et ben je demenage ![]()
Donc contente mais il y a encore des progres à faire dans Montrouge et pour moi c’est surtout au niveau des écoles. Lorsque l’on apprend que la cantine est trop petite,et que certains enfants commencent leur entrée sur les genoux c’est difficillement acceptable. Et oui les mamans et papas travaillent tous les 2 de plus en plus !!!
Fred