Démolition (1)
samedi 13 janvier 2007, par Etienne Lang
Une agréable série de petites maisons borde le côté pair de la rue Louis Rolland. Voilà que tombe le permis de démolir l’une d’elles, accompagné du permis de construire à la place un immeuble collectif de 9 logements. A quoi s’ajoute un projet d’élargir la rue Amaury Duval pour en faire une avenue. Surpris, puis indignés, des habitants protestent. Explication de ces projets – dont le premier, la démolition, est déjà consommé – en trois articles : démolition, manipulation, protestation. Un cas révélateur de l’urbanisme récent à Montrouge [1]
Le passant qui descend la rue Louis Rolland vers la Nationale 20 a le regard attiré par une pièce manquante dans l’alignement des maisons, côté pair de la rue Louis Rolland, à l’angle avec la rue Amaury Duval. Une dent creuse, bordée d’une énorme carie. La maison a été abattue avec ses annexes sur rue à l’avant et son atelier de menuiserie à l’arrière. Reste un terrain vague protégé d’une palissade, et le mur pignon de la maison mitoyenne dont la nudité a été revêtue d’une toile plastique noire. Quel arracheur de dents ou quel promoteur est donc passé par là ?
De la campagne à la ville.
Mais d’abord, retour en arrière dans le temps, à l’époque où Montrouge n’était encore qu’un hameau avec un château et son parc. A la place de la rue Louis Rolland, une avenue bordée d’arbres conduisait de la route d’Orléans (avenue Aristide Briand) à ce qui est aujourd’hui la maison dite du Père Joseph (avenue Henri Ginoux) [2]
Entre 1850 et 1900, cette allée est progressivement lotie. Elle est baptisée Villa d’Orléans, puis rue Louis Rolland. Sa partie Nord aligne de petites maisons en retrait, avec un jardin sur le devant et des annexes en bord de voie. C’est le résultat d’une des premières opérations de lotissement de Montrouge, lancée sous Napoléon III, et destinée à loger les officiers des fortifications toutes proches. A cette époque la rue était gardée, et il fallait un mot de passe pour y entrer. En arrière des parcelles, une impasse Leblanc amenait les habitants jusqu’à un puits situé à proximité de la route d’Orléans. Côté Sud, on construit ensuite quelques belles villas et des immeubles avec à l’arrière des jardins potagers. A l’angle de la route d’Orléans, se dresse la Tannerie Enault, fondée en 1850 [3]
Entre 1900 et 1950, de nouveaux habitants se sont installés. On trouve plusieurs ateliers de couturiers et de tailleurs, comme en témoigne le fronton du 4, rue Louis Rolland, un lieu où des juifs ont été raflés en 1942 [4]. La tannerie Enault, emportant avec elle ses puanteurs, s’est envolée en fumée en 1937, détruite par un incendie. La rue Amaury Duval commence à s’ouvrir, conduisant de la Grande Rue (rue Gabriel Péri) au dispensaire inauguré en 1933. Elle terminera sa percée jusqu’à Louis Rolland dans les années 1960, rompant l’unité des façades de cette rue [5]
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Des Américains de Montrouge.
Sautons en 2000. C’est l’année où un couple d’Américains, des artistes, installés depuis longtemps déjà à Montrouge, sont à la recherche d’un nouveau lieu. Ils tombent amoureux de la rue Louis Rolland, toujours bordée d’arbres, une rue qui a gardé son caractère et son charme - même si certaines des maisons ont besoin d’une rénovation. Leur choix se porte sur le n°20, une maison à deux étages avec son petit jardin et son atelier d’artiste sur le devant.

Au n°22, à l’angle avec la rue Amaury Duval, se trouve une maison semblable, avec de petits bâtiments à l’avant, des ateliers à l’arrière. Les Murez connaissent des gens intéressés par l’idée d’acquérir cet ensemble et de le rénover. D’ailleurs, juste en face, côté villa Leblanc, on peut admirer la superbe réhabilitation d’un ancien atelier de mécanique, par la grâce d’Ariane Mnouchkine – une réussite, alors que la plupart des ateliers de Montrouge sont passés à la moulinette de la destruction au grand dam des artistes à la recherche de lieux où
s’installer.
Un jour, les Murez rencontrent le Maire. Celui-ci leur parle de son intention d’élargir la rue Amaury Duval pour en faire une avenue avec terre-plein central. La motivation de cet étonnant projet semblait être la construction d’un parking municipal souterrain, parking dont la réalisation nécessitait un élargissement de la voie de surface. Toujours est-il que le Maire avance l’idée de préempter la maison d’angle – le n°22 - pour la démolir et attribuer à l’avenue une bonne partie de la superficie, de sorte qu’ensuite ne serait construit qu’un pavillon sur le reste du terrain.
Entre-temps, de 2001 à 2003, de l’autre côté de la rue Louis Rolland, à la place de deux ateliers et entre deux belles villas d’un étage, a été édifié sur cinq niveaux un bâtiment de la Franco-Suisse. Un immeuble "de standing" mais qui, construit en accéléré, est victime de plusieurs défauts de naissance pour lesquels les nouveaux propriétaires sont contraints à un recours judiciaire. Malgré son pastiche des villas mitoyennes et sa toiture à la Mansart, cet immeuble « néo-classique » rompt avec l’esthétique de la rue.
Permis de défigurer une rue.
Et puis, juillet 2005, changement de programme. Il n’y a pas eu préemption de la Mairie. Au n°22, une SCI a acquis le terrain et affiche un permis de construire, suivi en septembre d’un permis de démolir [6]. Le permis de construire indique 1176 m² de surface habitable sur 1318 m² de superficie de terrain. Tout autre chose qu’un pavillon. Des
renseignements sont pris. Un recours gracieux est déposé, conduisant à un permis de construire modifié (avril 2006) qui rectifie certaines anomalies criantes du projet initial (balcons surplombants, sortie de parking mal située).
Quoi qu’il en soit, l’économie générale du projet n’est pas modifiée : à la place d’une solide maison individuelle, on construit un immeuble avec 9 logements et des bureaux – « juste un immeuble plus grand parce que le propriétaire a une grande famille à loger » s’est entendu dire par le Maire une voisine stupéfaite, Madame Roulois. Le bâtiment doit s’étendre perpendiculairement à la rue Louis Rolland, façade sur la rue Amaury Duval, pignon percé de baies côté Louis Rolland. C’est de la même facture, avec quelques variantes, que ce qui fleurit ici et là à Montrouge, et de la main du même architecte. Mais c’est en rupture avec l’existant, que ce soit pour le volume, l’alignement, les ouvertures (beaucoup plus grandes), les modénatures (balcons). Juste une prudence : l’immeuble ne dépasse pas la hauteur proche la plus élevée (12 m).
Comment donc le projet a-t-il pu être monté et accepté par la municipalité, pour recevoir un début d’exécution ? C’est la question à laquelle il va falloir tenter de trouver une réponse. On y découvrira un une mutation de tréfonds, un déplacement de COS et de curieux échanges [7]
A lire la suite : Démolition, manipulation (2). Lire aussi une proposition alternative pour ce terrain d’angle : Partageons des jardins.
[1] Repérage des rues, état actuel
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[2] La Carte des Chasses (1764-1773) montre à l’emplacement de l’actuelle rue Louis Rolland une allée bordée d’arbres (x bleu) et conduisant de la "route d’Orléans" à un bâtiment construit en bordure du parc du château.

[3] La carte de 1864 (révisée en 1870) montre le lotissement initial de la "villa d’Orléans" (rue Louis Rolland) avec ses annexes en bord de voie.

[4] Sur la rafle de 1942 rue Louis Rolland, lire La rafle de 1942 à Montrouge. Une lettre de Raymond Federman.
[5] ne manquez pas d’aller faire un tour sur le site de Patrick Bertin - dont Montbouge publie ce mois-ci une interview Du site au logement - de naviguer dans son Méli-Mélo au Grand Montrouge et surtout de consulter la belle page consacrée à la maison de la rue Louis Rolland détruite lors du percement de la rue Amaury Duval, une maison qui portait alors le n°4.
[6] SCI : Société Civile Immobilière : regroupe des associés dans la propriété d’un bien.
[7] Iconographie : Photos de l’auteur de l’article. Cartes du 19ème siècle, Archives départementales.
Sur la question de l’ancienneté. La maison dont il s’agit fait – faisait - partie d’un « ensemble » classé zone UEb et signalé par son « caractère ordonnancé » : c’est le POS qui le dit. Ce n’était sans doute pas une maison « exceptionnelle » mais pas non plus juste une maison isolée de plus de cent ans dans n’importe quel quartier et certainement pas un bâtiment « indécent ».
Sur la mise en cause du contribuable. Que vient-il faire ici ? Si la préemption a été évoquée, c’est par le Maire. Quand à la réhabilitation souhaitée par l’article, elle reposait sur un acquéreur privé, pas sur les deniers du contribuable ! La réglementation actuelle permettait de favoriser cette solution et de ne pas accorder les permis de démolir et de construire en question.
Sur les normes écologiques. Les constructions récentes dans Montrouge obéissent sans doute à des normes plus strictes qu’il y a 20 ou 30 ans, elle ne suivent pas non plus des normes de très haute qualité, loin s’en faut ! Par ailleurs une réhabilitation consiste aussi dans une mise aux normes d’isolation et de confort. Et puis, il y a des maisons anciennes qui sont de très bonne tenue par leur matériau : les ouvrier du chantier de démolition du n°22 rue Louis Rolland le disaient : ça c’est (c’était) du solide !
Libre à vous de préférer le neuf partout. Mais inutile de traiter de « grincheux » ceux qui souhaitent une ville « diversifiée » et par conséquent justement plus vivante et plus joyeuse.
on ne peut pas penser décemment que la démolition de cet immeuble est une catastrophe pour le quartier, allons restons sérieux quand même. La construction d’un nouvel immeuble ne nuira pas non plus à la diversité puisqu’elle y contribuera. Que les normes actuelles soient en-deçà de la trés haute qualité personne ne le niera, mais cependant notre interlocuteur peut-il nous citer un immeuble, ou, allons-y carrèment plusieurs constructions à Montrouge, Arcueil, Bagneux, Malakoff, ou même Paris XIVe de trés haute qualité environnementale ?
La bonne tenue des matériaux est un argument qui ne tient pas, autant ne construire que des murs comme dans certains régimes et ne jamais se soucier du sort des habitants qui sont cachés derrière. La solidité des matériaux est peut être encore un prétexte argumentaire assez facile...
C’est une partie d’un jardin public maintenant, merci les verts les enfants peuvent y jouer, picasso n’aurait pas été contre ; Picasso y a habité fort peu de temps pressé de rejoindre Montparnasse, car il n’en avait pas encore les moyens financiers ; ce pavillon ne présentait guère d’intérêt, Picasso l’avait quitté depuis plus de 60 ans et il n’en restait plus aucun souvenir (pas de peintures sur les murs) l’opposition n’a guère elevé d’objections.
Ce pavillon n’était pas situé à l’angle des avenue Verdier et rue Victor Hugo mais tout simplement rue Victor Hugo . Les arguments sur l’âge de la pierre ne sont pas bien intéressants non plus, ce n’est pas parce qu’un immeuble de qualité plus que médiocre date de 1875 qu’il mérite d’être protégé, d’autant plus qu’une réhabilitation coûte trés cher, voyez la piscine, messieurs qui n’êtes jamais à une contradiction près.
Mais la bave salit toujours, n’est-ce pas ?
La piscine est donc un monument historique.... Quand a t’elle été inscrite ?
Tout est bon pour défendre un maire qui gère mieux son image que sa commune. Il suffit pour cela de lister les avenants succéssifs passés pour les différents chantiers municipaux, dont la piscine n’est qu’un exemple frappant, et y ajouter le cynisme d’un maire qui préfere faire voter l’augmentation des honoraires d’un prestataire défaillant plutot que de le poursuivre en justice pour établir sa responsabilité... A moins qu’il ne souhaite pas que les responsabilités sur les retards de la piscine ne soient clairement identifiées.
Dans quelques jours aura lieu la féte des carriers. Vu l’état de Montrouge actuellement, cette fete est réellement d’actualité : à l’ombre des ces immeubles toujours plus hauts, dans ces rues toujours aussi étroites, on se sent vraiment de plus en plus comme dans une carrière de b(M)étton.
La blanche colombe n’est pas atteinte par la bave du crapaud. Mais ici, il n’y a que des pigeons, qui sont les Montrougiens !
Nous nous sommes tout à fait compris : à Montrouge, le classement seul semble permettre la protection du patrimoine architectural.
Quant à la piscine, l’argument avancé pour l’avenant du conseil de la mairie (on ne fait pas justice soi meme) est bien faible.
Voici encore une victime de la politique de non construction d’écoles à Montrouge : je ne réponds pas, je conclus l’échange en prenant date.
Quant à mon sérieux....
En fait la photo de la maison voisine ( première photo de l’article) est habilement faite, les branches d’un arbre cachent le balcon en béton qui défigure la maison du plaignant . Il suffit d’aller voir sur place pour le constater de visu. Une remarque avait déjà été faite mais elle a aussi délibérément été supprimée par nos petits maîtres locaux de la démocratie participative ;
est ainsi démontrée la relativité de cette mode qui critique et n’admet aucune contradiction, car la démocraie participative nie le long terme par faute de responsabilité.
On voit ici que pour des détracteurs du béton l’exemple était patrticulièrement mal choisi. On a bien vu dans la campagne electorale la part attribuée au Modem et particulièrement à Monsieur Branaa qui voulait transformer le centre administratif en centre de l’écrit et qui maintenant est plus muet qu’une carpe.
RH, contrairement à ce que vous affirmez, la remarque à laquelle vous faites allusion est en ligne (cf http://montbouge.info/spip.php?arti... ; en-dessous de l’article, le 3° commentaire daté du 20 mars 2008). Il y est question de "balcon proéminent"... Avant d’affirmer, apprenez donc à utiliser le moteur de recherche (ici, recherche à partir de "balcon en béton" m’a permis en 2 minutes de retrouver le message qui avait soi-disant disparu !).
Le remarque faite à RH vaut pour tous ceux qui croient à tort (et écrivent régulièrement) que le forum est expurgé par les "méchants" de MontBouge : utilisez le moteur de recherche avant de polluer le site de messages sans fondements.
Pour le reste (quand il ne s’agit pas de mensonge), la parole reste libre : la preuve, le forum de MontBouge sert visiblement et quasi quotidiennement à tous les courants du centre montrougien de lieu de discussion, alors même que MontBouge ne compte aucun de ses rédacteurs dans ces différents courants. Ce qui doit vouloir dire qu’il n’existe pas beaucoup d’autres espaces de dialogue en dehors de notre site...
Je précisais simpement que la photo avait été habilement faite [ BALCON en béton dissimulé PAR DES FEUILLAGES ] ; ce qui ne figurait dans aucun article de montbouge auparavant,
cette dissimulation n’était pas une erreur, en tout cas, pour le photographe qui a voulu ainsi cacher l’élément qui contredisait tout l’article qui ne vise qu’à accuser le bétonnage de la ville de MONTROUGE.
Charité bien ordonnée commence par soi-même ;
Merci à Eric de reconnaitre l’erreur fondamentale de son article qui vise à la protection d’intérêts particuliers alors que ces mêmes intérêts ne sont pas exempts de ce qu’ils reprochent aux autres.
RH :
En matière de dissimulation, vous êtes un maître : contrairement à ce que vous écrivez ci-dessus, vous ne précisiez pas simplement que la photo était habilement faite, vous écriviez en toutes lettres qu’un message avait été censuré sur Montbouge, CE QUI EST FAUX. (cf contribution plus haut)
Vous n’êtes donc apparemment pas très courageux, puisque vous n’avez pas celui d’admettre que vous vous êtes trompés sur ce point (ce qui vous laisse le droit de porter votre jugement sur la photo incriminée).
Par ailleurs, vous ne savez pas bien lire, puisque l’article incriminé sur les démolitions n’est pas de moi (Erik) mais d’Etienne Lang : je n’ai donc rien à "reconnaître" sur "mon" article (que je n’ai pas écrit) et je ne reconnais donc aucune "erreur fondamentale" !!!
Enfin, admettre (que ça vous plaise ou non) que MontBouge est un des rares espaces où vous pouvez vous exprimer à Montrouge (y compris pour dire n’importe quoi -ce sont les tristes limites de la démocratie participative...), vous n’en avez visiblement ni la courtoisie ni le panache...
RH : pour votre prochain message (qui, vu le nombre et la fréquence de vos contributions, devrait arriver dans la soirée !), pour une fois, essayez au moins de répondre point par point et précisément ; si j’ai tort, nous en reparlerons...
Post-Scriptum : Naturellement, tous les lecteurs sont témoins et peuvent tout vérifier et en premier lieu que les messages de RH sont encore tous conservés malgré les mensonges qui y sont véhiculés...
Éric, les anglos saxon disent :
Don’t feed the troll.
Le genre de messages que laisse RH ne trompe personne, sur Internet on appelle ça un troll :
Sur les réseaux informatiques, notamment Internet et Usenet, on utilise le terme troll pour désigner, sur un espace de discussion (de type forum), un utilisateur qui cherche à créer une polémique en provoquant les participants.