Passe ton BAC d’abord ou comment on se colle à la STIC
samedi 13 janvier 2007, par Franck Henry
MontBouge avait déjà relaté la courte vie d’une affiche non officielle et à contre-courant du pouvoir en place [1] Mais notre fine équipe ne se doutait pas d’une nuit à deux doigts de se terminer au commissariat pour collage intensif d’affiches sur des panneaux libres d’expression. Un fait d’hivers de saison... pour un piètre résultat !
En ce doux vendredi hivernal du 5 janvier au soir, Guillaume et moi avions décidé de colorer les panneaux mis à disposition des partis politiques et des associations pour porter haut et fort les couleurs de MontBouge au Festival de Romans dans la catégorie « Expression citoyenne ». La participation à ce concours étant pour MontBouge l’occasion de communiquer, sur le terrain, de son existence, après 3 années de communication virtuelle [2]. Fiers de notre kaléidoscope à la Andy Warhol, nous mettions le rouleau final à nos mini-affiches sur le dernier panneau de notre liste [3] quand une voiture banalisée s’arrête sur la route.
BAC office
Un faisceau lumineux sort de la plage arrière afin d’identifier nos faits et gestes dans la nuit tombée. Il est 23h30. Armés d’un seau de colle et d’un pinceau gros calibre, il nous tarde de terminer notre campagne d’affichage légale et citoyenne. Rapidement quatre personnes en civil s’approchent de nous. Un des individus non identifiés, nous adresse un « Police, vos papiers s’il vous plait » mais pas dans le genre sympa et décontracté. Calmement, je demande si ils peuvent me montrer leur carte de Police. « Vous avez quelque chose pour attacher vos vélos ? parce qu’il va falloir nous suivre au commissariat » me réplique l’inconnu sans preuve de son mandat d’autorité républicaine. Sans le vouloir, nous sentons rapidement le mauvais scénario d’un film de série Z. Heureusement, un autre individu, sorti de nulle part ou plutôt d’une autre voiture, qui s’avèrera être le Chef de la bande, s’enquiert de l’évènement. Entre-temps, notre guide zélé pour une visite noctambule au commissariat enfile un brassard à son avant-bras sur lequel un phosphorescent « Police » est inscrit lisiblement. Notre Chef, orienté boxe et autres arts martiaux, nous montre, quant à lui, sa carte de Police. Serait-il le seul de la bande à l’avoir ? Dont acte, c’est toute l’assurance que nous demandions. Sauf qu’un des membres de l’équipe de police en civil insinue que nous cherchions des complications alors que nous souhaitions simplement vérifier l’identité de personnes nous demandant la nôtre ! « Pas de stupéfiants ? ». Stupéfiés, notre réponse négative nous évite une fouille corporelle. S’ensuit la vérification de nos cartes d’identité au téléphone et un soi-disant fichage au STIC (Système de Traitement des Infractions Constatées). On affiche et on se fait ficher ! Intimidation ? Effet d’annonce ? Puis le chef Zorro me demande de ramasser prestement des affiches par terre qui ont volé parce que ces messieurs n’avaient pas voulu que je finisse de coller, vu le léger vent qui montait. Pas grave, je m’exécute... enfin, je ramasse ces deux malheureux papiers. Le tour est joué. Merci la BAC (Brigade Anti-Criminalité) d’avoir rassuré deux gentils colleurs d’affiches d’« expression citoyenne ». Et encore nous sommes « blancs de peau » comme aurait pu le chanter Claude Nougaro. Car à la vue de l’écusson 2005 de la Brigade de Nuit de Montrouge [4], nous aurions pu avoir très très chaud !
Le comble de cette histoire d’affichage nous attendait le lendemain matin : tous les panneaux furent recouverts par des équipes du PS local et de Lutte ouvrière ! Comme quoi la bataille fait rage également sur le champ de l’expression citoyenne que sont les panneaux libres de diffusion...

[1] Lire l’article « Ne pas tomber dans le panneau ».
[2] Lire l’article "Le Romans de MontBouge".
[3] Pour les connaisseurs, au croisement des voiries Marx Dormoy et Jean Jaurès.
[4] Voir le site non officiel inventoriant les écussons de la Gendarmerie Nationale, Police Nationale, et Douanes françaises.