De l’after à l’alter... Romans
mardi 13 février 2007, par Franck Henry, Jean-claude Andre
Le samedi 20 janvier 2007 à 23h59 clôturait vingt jours de course aux clics désignant les 10 finalistes dans chacune des 9 catégories du festival de Romans dédié à la création sur Internet : littérature, vidéo, musique, comédie, bande dessinée, photos, expression citoyenne, podcast, arts
graphiques. Samedi 3 février 2007 à Romans, la cérémonie de remise des prix distinguait les heureux lauréats. Entre les deux, pas mal d’excitations, beaucoup de rencontres intéressantes, des critiques à profusion… Normal pour un premier festival.
Votez ou cliquez ?
Première critique : les failles du système de vote [1] :
votes multirécidivistes, difficultés à reconnaître l’adresse IP des ordinateurs [2], course aux meilleurs réseaux de proximité… Au total, 1160 sites Internet et blogs ont participé à cette quête du clic gauche.
De la volonté initiale de l’organisateur (Christophe Ginisty) de « célébrer l’expression et la créativité des individus sur Internet », force est de constater que seuls les sites ayant déjà un réseau structuré, un maillage de connaissances volumineux, un tissage de liens électroniques… ont pu tirer leur épingle du jeu. Rien d’anormal, juste une adaptation à la règle imposée. Mais qui a laissé sur le carreau de véritables talents [3] ! Rançon de la gloire de ce premier festival, la présélection était d’autant plus ardue dans des catégories totalisant un nombre important de prétendants : musique (300), littérature (285), arts graphiques (148), photos (142)… Heureusement, la catégorie dans laquelle concourrait MontBouge (« Expression citoyenne ») n’en totalisait que 93 !
A chacun donc de motiver amis, vieux ennemis reconvertis, voisins que l’on croise uniquement dans la cage d’escalier, collègues soumis, cousins éloignés, tante retrouvée au dernier moment, réseaux associatifs locaux et globaux… pour engranger le maximum de points, disons, de votes afin d’être finalistes. Notons que la catégorie « Expression citoyenne » fait pâle figure en comparaison des scores d’autres candidats [4].
Cette démocratie du clic à répétition mérite d’être revue pour la prochaine édition : remplissage d’un formulaire évitant les votes parkinsoniens, confirmation de vote par courrier électronique, présélection des organisateurs pour s’assurer de l’adéquation du site dans la bonne catégorie…
Pas primés mais pas déprimés
Une catégorie citoyenne multiforme. C’est ce qui ressort du palmarès décerné par un jury composé de 3 professionnels (le Président du jury, Robert Namias, Directeur de l’Information de TF1, le journaliste d’iTélé Jean-Jérôme Bertolus [5] ,
et le cyber-citoyen Christophe Grebert, journaliste et animateur de MonPuteaux.com. Le jury a souhaité récompensé « trois familles » : le grand prix dit de « solidarité » imposé par Robert Namias à « IMC Planète Orange » (blog d’une mère dont le fils est atteint d’infirmité motrice cérébrale), le second prix largement mérité au site troyen coopératif et associatif « Auboisementcorrect » et le troisième à un blog à la plume acérée, voire blasée de « Resse ? … Pire encore ».
MontBouge n’est pas primé. A minima, nous gagnons des contacts, des idées d’évolution pour notre site, un pass de 25 euros et une invitation gratuite pour l’année prochaine : ça tombe bien, nous étions 5 membres de l’équipe à s’être rendus à Romans. Le jury est souverain. Il n’est pas question de revenir sur le résultat attribué. Juste le besoin, pour la prochaine édition, de mieux définir les catégories. D’autant que son organisateur veut faire de Romans pour l’Internet ce qu’est Angoulême à la BD ou Cannes au cinéma ! Organiser un tel festival est déjà en soi une réussite. Il laisse la place à la critique constructive.
Tout d’abord, chaque jury, quelle que soit sa catégorie, devrait avoir des critères communs et ne pas être amené à créer des sous-catégories en cours de route. Ou alors, ça se prépare en amont du festival. Ensuite, une complémentarité de compétences et de responsabilités est à trouver entre un organisateur professionnel parisien et une ville d’accueil partenaire. L’ancrage local doit être prégnant.
Ce ne fut pas le cas de cette première édition : peu de romanais, des tarifs rédhibitoires, absence d’un maillage avec les associations locales, les établissements scolaires, les maisons de quartier… Et Hubert Guillaud, blogueur local romanais qui a contribué avec Lionel Dujol à faire que ce festival se tienne à Romans, d’enfoncer le clou : « Le bilan est assez mauvais. La Ville nous a demandé de participer au festival Off sans relayer nos actions. Et l’organisateur a plutôt ignoré les actions que nous avons essayé de proposer ».
Pour un nouveau départ
Raison de plus pour envisager une alternative crédible. Un projet trotte
dans la tête de quelques-uns. Il ne demande qu’à se propager en réseau : monter un rassemblement organisé par des animateurs de sites et de blogs citoyens indépendants, autour d’ateliers d’échanges de pratiques. Sans esprit de compétition, « loin des grands messes et des sponsors institutionnels », dixit Gérard Leray de la Piquouse de Rappel. Avec pour seule stimulation : transmettre ses expériences et ses compétences techniques. Car discourir, c’est bien mais mettre la main à la pâte, c’est mieux ! Imaginons des ateliers d’initiation à l’écriture publique, à la co-publication, des séances pratiques d’appropriation technique des outils d’édition auprès de la population, des conseils juridiques et organisationnels auprès de personnes souhaitant monter un blog ou un site citoyen... Un festival alternatif à développer dans différents lieux d’une ville : salles de spectacles, cafés, restaurants, associations… Le tout dans un esprit convivial et festif.
D’autant qu’à la question « Que vous a apporté le Festival de Romans ? » posée à quatre animateurs de sites citoyens [6], les réponses sont unanimes : « rencontrer d’autres personnes , prendre des contacts, partager ses connaissances, découvrir d’autres moyens et méthodes de publication… ». Philippe Beury, second prix de la catégorie "expression citoyenne" pour son site politique troyen Auboisementcorrect « propose même d’organiser les premières rencontres à Troyes en septembre… Les « université d’été de l’expression citoyenne » ? ou le « Web.3.0 à Troyes » ou le « web Troyes 0 ? On verra… Ça serait bien que l’affaire tourne, tous les ans dans un lieu… l’année prochaine à Montrouge ou à Grenoble… On va faire un brainstorming et créer un site pour échanger les propositions… ». Une rencontre des médias libres, indépendants et citoyens pour s’enrichir d’expériences croisées. Allez chiche…
Pour poursuivre sur le Festival de Romans, à travers le prisme de MontBouge, lire :
"Place aux alterlocalistes",
"Cirage et coups de pompes à Romans".
[1] Lire à ce propos la succession de notes et de commentaires sur le blog du festival, deux jours après l’ouverture officielle des votes : « A propos des votes », « Suspension immédiate des votes », « Mise à jour des votes ».
[2] IP pour Internet Protocol est le numéro qui identifie chaque ordinateur sur Internet. Consulter la définition de Wikipédia « Adresse IP ».
[3] Lire l’article « Expression citoyenne, mon palmarès personnel » d’Hubert Guillaud, journaliste et animateur du blog LeRomanais. Regrettons, par exemple, que LeBlog2Roubais, les Audoniens.com, Blog à part ne figurent pas parmi les 10 finalistes de notre catégorie.
[4] Les clics des uns ne sont pas ceux des autres. Ainsi en littérature, >>POLiCE<< le blog d’un flic culmine à 1130 pages, Da-Twin en musique harmonise ses 1334 accords, 1097 images secondes pour les excellents aventuriers de 8h22 dans la catégorie vidéo, le blog video de luciano commet 1031 rictus pour sa comédie. De l’autre côté des cailloux sème 1172 pixels en art graphique. La case finale revenant au webcomic de Maliki avec ses 5550 strips toute en BD !
[5] Remplaçant au pied levé Laurent Bazin, présentateur de la matinale sur i>TV. Est-ce lié à la fermeture de son blog ? Lire le billet « Voilà, c’est (déjà) fini. ». Extraits : « Je réalise aujourd’hui, sans doute trop tard, qu’en vérité on ne peut pas "tout publier". (...) Apparemment, dans ma volonté de tout vous raconter, des repas aux coulisses et des plateaux au maquillage, ce sont mes confrères qui ont le plus souffert. (...) Mais je suis un salarié, mon entreprise a des actionnaires et des intérêts et - sauf à vouloir jouer les chevaliers blancs - je ne peux continuer à mener parallèlement ces deux vies éditoriales. (...) Tant que l’on est salarié, que l’on travaille avec une équipe, toute vérité n’est pas bonne à dire. C’est comme ça. Je ne voudrais pas faire les choses à moitié. Je cesse donc d’écrire. » Une expression citoyenne qui avoue son impuissance...
[6] Lire « Place aux alterlocalistes ». Interview croisé avec Philippe Beury d’Auboisementcorrect, Gérard Leray de la Piquouse de Rappel - blog satirique et de résistance de Chartres - Lucé et de l’agglomération chartraine, Chrystophe Oléon - responsable de la plateforme GreBlog - MonGrenoble et Hubert Guillaud - journaliste et animateur de Leromannais.
Bonjour,
en tant que blogueur local sur Saint-Egrève, je suis tout à fait intéressé par ce projet de rassemblement sans esprit de compétition de blogueurs locaux. La transmission d’expérience est une chose de plus en plus rare de nos jours, où tout le monde se planque derrière son PC ou son MAC.
A bientôt j’espère.
Dominique