Décapant Trio Cappa rue Louis Rolland
Dimanche 7 décembre, entre 16 heures 30 et 19 heures a eu lieu le premier d’une série de trois concerts de la saison musicale de Mon Montrouge. 12 cordes ont vibré dans l’atelier des Murez au 20 rue Louis Rolland. Les 12 cordes du Trio Cappa. Alto, violon, violoncelle. Frédéric Lainé, Brernard Mathem, Marie-Hélène Beaussier [1]. Avec trois compositions au programme : Beethoven, Schnittke, Berger. Un ravissement pour la soixantaine de personnes présentes. Et en prime la rencontre des musiciens avec thé et tartes à la clé.
Le concert était organisé au profit de l’association Mon Montrouge, une association qui se bat contre le projet d’un promoteur sur la parcelle voisine au n°22. Un projet autorisé par le Maire mais contraire à l’esprit de ce secteur de « maisons et villa ». Un projet contesté et suspendu au résultat d’un procès en cours. Beaucoup d’émotions pour cette « musique de chambre » produite dans l’atelier qui sert de studio au photographe propriétaire des lieux. Un atelier que le nouveau PLU (Plan local d’urbanisme) voue à terme à la destruction. Preuve par l’exemple du caractère néfaste de ce PLU. C’est la raison d’un autre combat que mène Mon Montrouge avec un collectif de trois autres associations [2].
Nous avons interrogé Diane Murez, l’hôtesse du lieu.
Montbouge. Comment vous est venue l’idée de cette après-midi musicale ?
Diane Murez. Quand on a acheté la maison, on a eu le bonheur d’avoir le grand espace d’un atelier et on a tout de suite eu l’idée qu’il fallait le partager et y présenter des évènements qui créent du lien entre les gens. Du coup on y a fait des concerts pour des fêtes ou des occasions personnelles. L’an dernier on a reçu un groupe de musiciens qui préparait un spectacle de variété. Ils étaient très contents d’avoir l’opportunité de roder leur spectacle, d’observer les réactions des spectateurs avant de se présenter au public d’une grande salle.
Et puis quand on a créé l’association Mon Montrouge, cela rentrait
tout à fait dans son objectif : défendre le cadre de vie au sens large, car le cadre de vie ce n’est pas seulement l’environnement architectural mais aussi la richesse des échanges humains. C’est pendant des moments de partage et de joie que les gens peuvent se rencontrer, se parler, se comprendre et pourquoi pas aussi chercher à agir pour faire « une ville comme on en rêve » comme dit notre voisine Ariane Mnouchkine. C’est indispensable dans le monde d’aujourd’hui où tout est fait pour que les gens s’ignorent et se retrouvent parfois isolés. Il y a un lien entre l’urbanisme et le genre de rapport qui se tisse entre les gens. Dans les grands immeubles les gens se connaissent moins et souvent ils s’impliquent moins dans la vie locale.
Bien sûr, organiser une après-midi culturelle, c’est aussi un moyen pour faire connaître et soutenir financièrement notre association. Elle a engagé des frais assez lourds dans le procès qu’elle intente à un promoteur. Une contribution est demandée. Mais son montant ne doit empêcher personne de venir.
Comment avez-vous réussi à faire venir des musiciens d’aussi grande qualité et d’où vient leur engagement à jouer bénévolement ?
Diane Murez. Ce sont des amis de longue date. Ils sont entièrement d’accord avec les buts de notre association, avec l’idée de se battre pour un cadre de vie plus humain. Ce sont des musiciens reconnus et c’est pourtant sans hésitation qu’ils ont accepté de jouer bénévolement.
Ils se sont déjà produits l’an dernier chez nous. A chaque fois c’est une grande réussite. Ils sont très touchés par l’écoute du public, ravis par cette proximité qui fait qu’après la musique spectateurs et musiciens se rencontrent et se parlent. C’est un moment privilégié. Dans les grandes salles de concert, les gens applaudissent et après ils s’en vont. A noter que le trio aime beaucoup l’acoustique du studio, quelque chose que nous n’avions pas prévu quand nous avions refait l’atelier. Quand aux Montrougiens ils étaient surpris que des musiciens de cette qualité viennent ici, dans cet espace presque confidentiel. Ils ont été charmés et c’est vrai que quand on est si près des musiciens, on entend la musique d’une autre façon.
C’est une chance d’avoir cet espace, car le problème pour tous ceux qui voudraient réaliser de tels évènements, c’est de trouver un lieu accueillant.
Diane Murez. Oui, et cela montre concrètement aux gens les conséquences du PLU, un plan qui prévoit la disparition de ce genre d’atelier. Il n’en reste déjà plus beaucoup et on n’en trouve pas dans les nouveaux immeubles qui se construisent. Du coup les gens se rendent compte que c’est exceptionnel d’avoir de tels lieux et qu’il faut les conserver. Ça met en évidence que de les détruire, cela conduit à rétrécir les possibilités pour les gens [3].
Le lieu où s’est déroulé le concert était autrefois l’atelier de Danty, un peintre bien connu des Montrougiens. Quand nous avons repris en 1999 la maison et l’atelier, tout était à refaire. Cela prouve qu’on peut faire de la rénovation intéressante au lieu de démolir et reconstruire à neuf. Cela n’a pas été le cas au n°22, où se trouvait une maison avec à l’arrière un atelier de plus grande taille encore que le nôtre, un espace qui aurait pu être magnifiquement aménagé, dans lequel on aurait pu faire des choses formidables. Mais cela a été détruit par le promoteur avec lequel nous sommes en procès.
Quel était le public ? Le choix de la musique classique n’est-il pas inévitablement sélectif ?
Diane Murez. Il y avait beaucoup de gens qu’on ne connaissait pas, des gens qui ont vu les affichettes, reçu les tracts au marché, entendu parler du concert à la discothèque ou au conservatoire. Des Montrougiens surtout mais aussi des gens venus de plus loin.
Après le concert, les gens étaient enchantés de pouvoir parler en direct avec des musiciens. Beaucoup de questions sur le choix des morceaux et sur le parcours de ce trio qui respire une complicité étonnante. La deuxième pièce jouée, d’un compositeur contemporain peu connu, a été particulièrement remarquée et appréciée. Frédéric, l’altiste, est un musicologue qui fait des recherches pour ressortir de bibliothèque des partitions ignorées de tous et les transcrire pour le trio.
L’idée de saison culturelle, quand je l’ai proposée, on en a un peu ri, on m’a dit : ça ne peut pas marcher. Mais maintenant, c’est bien lancé. Le 2ème concert prévu sera très différent. Il mettra en scène une pianiste, une comédienne et une chanteuse sur le thème de Clara Schumann qui exprime la difficulté d’être musicienne et femme d’un musicien célèbre. Le troisième évènement, en juin, verra le retour du trio élargi en quintette avec la participation de deux instrumentistes montrougiens [4]. Organiser une saison c’est intéressant, ça donne une possibilité de construire quelque chose sur la durée et cela pourra nous amener dans d’autres directions que la seule musique classique.
Où en est l’association et le procès qu’elle a engagé ?
Diane Murez. En ce qui concerne le procès contre le promoteur, on attend le jugement sur le fond. On a perdu en référé contre le permis de démolir. En effet le référé, qui est un recours d’urgence, a traîné sept semaines et pendant ce temps-là le promoteur, par un coup de force, a démoli le n°22. On attend maintenant de voir comment le tribunal va réagir sur le permis de construire sachant que le projet porte sur un grand immeuble collectif dans ce quartier de « maisons et villas ». Il y a beaucoup de bizarreries dans ce permis [5].
Ce côté de la rue Louis Rolland, c’est un endroit qui a du caractère avec ses maisons qui ont été construites pour les officiers de Napoléon III, une vingtaine, toutes pareilles. Il ne faut pas avoir le même genre de grands immeubles partout, ça crée un mal être, c’est trop uniforme, tandis que ces petites maisons avec les jardins, les ateliers sur le devant, témoignent d’une époque. Depuis 140 ans, c’était protégé et tout à coup un promoteur arrive et veut détruire cet équilibre pour construire quelque chose de standardisé et faire de l’argent. C’est gâcher les choses pour les générations futures.
Est-il sûr que ces maisons datent des années 1860, que ce sont les constructions d’origine ?
Diane Murez. Oui, on le sait. Un exemple : quand j’ai refait la peinture, j’ai retiré plusieurs niveaux de papiers peints. Au dernier niveau il y avait des journaux d’époque : je me rappelle un article sur un opéra qui débutait au palais Garnier, daté vers 1870. Tout en dessous, il y avait même encore du papier peint à la main, comme une fresque. Bien sûr, ensuite il y a eu des remaniements du bâti.
Même les ouvriers qui ont démoli la maison au n°22 étaient désolés : il y avait une magnifique cave en pierre, des poutres en chêne. Ils nous ont dit : ce qui va être construit ne sera jamais de cette qualité, on ne fait plus comme ça.
Pourtant, il y a bien dans le nouveau PLU une protection pour les « secteurs de maisons et villas » ?
Diane Murez. Cela montre que cette soi-disant protection n’en est pas une. Dans ces secteurs, le PLU permet de détruire et de reconstruire d’une façon qui n’est pas en accord avec l’environnement [6]. L’architecture, ça fait partie de l’esthétique de la vie quotidienne, ça fait partie de la culture, au même titre que la musique et cela commande aussi la façon dont les gens vivent les uns avec les autres. Les promoteurs, comme les financiers, c’est le côté de la spéculation, une manière d’agir qui ne prend pas en compte la vie des gens.
Rendez-vous est donc pris pour le 22 mars et le 14 juin 2009, dates des deux autres prestations de cette saison musicale de Mon Montrouge. Pour notre plus grand plaisir, et pour que Montrouge reste une ville diversifiée où l’on puisse trouver des lieux aussi accueillants.
Photos de Steve Murez. Le concert. Une vue de la rue Louis Rolland, côté du "secteur de maisons et villas".
[1] Le trio Cappa a été fondé en 1991 dans le but de promouvoir les répertoires de duo et trio à cordes. Ses membres, issus des conservatoires nationaux supérieurs de musique de Paris, Lyon, Bruxelles, titulaires de récompenses internationales (Munich, Lausanne, Colmar) se sont perfectionnés dans le domaine de la musique de chambre avec des maîtres tels que Joseph Gingold, Gyorgy Sebok, Jean Hubeau, André Navarra, Tibor Varga ainsi qu’avec les membres du Quatuor Amadeus et du Trio di Trieste. Leur premier disque consacré à un panorama de la musique française pour Trio à cordes (XIXe et XXe siècle dont deux inédits) a été salué par la critique (Répertoire, mention quatre étoiles dans le Monde de la Musique). Le Trio Cappa se produit régulièrement en Europe et se veut un ambassadeur du répertoire français dans les destinations plus lointaines (Amérique centrale et Amérique du Sud, Océanie).
[2] Les autres associations du collectif sont La ville est à nous, Particip’actif et Verdier-villa des Fleurs.
[3] Dans le secteur concerné, le PLU fixe un filet d’implantation en arrière de la rue. L’objectif avoué du Maire est d’obtenir la destruction des constructions diverses qui se trouvent en bordure de voie. Tout permis de construire destiné à des maisons situées en fond de parcelle ne sera accordé que sous condition de démolition. C’est l’article U.2.3 du PLU « Tout projet de construction ou d’extension de bâtiments situés dans les secteurs repérés au document graphique, au titre de l’article R123-11f, sera subordonné à la démolition de tout ou partie des bâtiments existants entre la voirie et le filet d’implantation (…) » Cet article s’applique au côté pair de la rue Louis Rolland, du n°4 au n°44.
[4] Voir en document joint le descriptif de la saison musicale de Mon Montrouge.
[5] Au sujet de l’histoire de la rue Louis Rolland, des projets du promoteur qui a détruit le n°22, des combats de l’association monMontrouge, lire la série de trois articles de Montbouge : (1) Démolition (2) Manipulation (3) Protestation.
[6] Le PLU délimite des « secteurs de maisons et villas ». Les règles qui s’y appliquent ne définissent qu’un gabarit (maxima : 100m² d’emprise au sol, 12 mètres de profondeur constructible, 11 mètres de hauteur au faîtage). On peut très bien détruire l’existant et construire à la place de l’immeuble collectif béton type standard. Antérieurement au PLU, le POS permettait également cela dans ce type de zone.