Tarifs de la piscine : la vérité selon Jean-Loup Metton
"Pourquoi ne pas dire la vérité ? ". C’est par ces mots que le Maire de Montrouge a tenté de conclure le débat sur les tarifs de la piscine. On ne peut que l’approuver ; encore faudrait-il qu’il applique lui-même son conseil…
A l’origine de la polémique, Paul-André Mouly –conseiller municipal de l’opposition (membre du PRG)- ouvre le débat lors du Conseil du 4 mars 2009 [1]. Dénonçant les tarifs élevés de la nouvelle piscine, il déplore que la muncipalité de Montrouge applique des prix, parmi les plus chers des Hauts-de-Seine, que les tarifs réduits ne s’appliquent ni aux prestations de remise en forme ni aux formules d’abonnement, et qu’il n’y ait pas de tarifs préférentiels pour les Montrougiens.
Ce à quoi Jean-Loup Metton répond que les tarifs appliqués se situent dans la moyenne de ceux du département ; et précise par ailleurs qu’il est illégal de faire des tarifs Montrougiens / non Montrougiens.
Le 25 mars 2009, au cours du Conseil municipal suivant [2], l’opiniâtre conseiller municipal redemande une baisse des tarifs, et, revenant sur la différenciation des tarifs, oppose à l’argument d’illégalité une réponse ministérielle qui l’autoriserait.
Encore une fois, le Maire souligne qu’une jurisprudence pose l’illégalité des tarifs différenciés dans les piscines. En revanche, il ne revient pas sur la proposition de baisser les tarifs…
Visiblement insatisfaits des réponses apportées, Paul-André Mouly et le groupe municipal de la Gauche insistent dans la tribune qu’ils publient dans Montrouge Magazine, d’avril-mai 2009. En citant quelques exemples de tarifs, à Antony, Fontenay-aux-Roses…
Comme à son habitude, Jean-Loup Metton utilise ce qu’il estime être son "droit de réponse" [3].En introduction, il écrit une première fois : "pourquoi ne pas dire la vérité ?". Pour illustrer ses déclarations précédentes, il donne en exemple quelques tarifs de piscines du département, pour expliquer que ceux de Montrouge sont dans la moyenne. Et conclut, d’un ton péremptoire et sans craindre la répétition : "Alors, pourquoi ne pas dire la vérité ?"…
Pour respecter le souhait du Maire, entrons dans le détail et disons toute la vérité : il a comparé le prix d’entrée à la piscine de Montrouge -4 € l’entrée- à ceux de neuf autres communes des Hauts-de-Seine : Malakoff (4,80 €), Courbevoie (4,05 €), Puteaux (4 €), Le Plessis-Robinson (4 €), Boulogne (3,90 €), Colombes (3,80 €), Suresnes (3,80 €), Issy-les-Moulineaux (3,60 €) et Nanterre (3,30 €).
Si l’on s’arrête à cette simple comparaison, Jean-Loup Metton et Paul-André Mouly ont raison : le premier affirmant que le tarif montrougien est "dans la moyenne", le second estimant qu’il est "parmi les plus élevés".
Effectivement, les tarifs sont comparables… mais pour des équipements incomparables ! A l’exception de la piscine du Plessis-Robinson, celles dont le tarif est de 4 € ou plus (Malakoff, Courbevoie, Puteaux) offrent au minimum deux bassins : un de 50 mètres avec 8 lignes d’eau et un de 25 mètres (quand elles ne proposent pas en plus une fosse à plongeon comme à Malakoff) : alors qu’à Montrouge, il n’y a qu’un seul bassin de 25 mètres… avec 6 lignes. Concernant les cinq autres piscines citées, dont les tarifs vont de 3,90 € à 3,30 €, deux d’entre elles sont aussi équipées d’un bassin de 50 mètres (avec 6 lignes d’eau), notamment à Nanterre, et pour 3,30 € seulement ! [4]
Encore une petite entorse avec l’entière vérité : quand Jean-Loup Metton cite la piscine de Malakoff, il parle en fait du "Stade Nautique Intercommunal de Chatillon-Malakoff", située sur la commune de Chatillon. S’agissant de la plus coûteuse des piscines évoquées, il a sans doute préféré imputer ce tarif à la municipalité communiste de Malakoff qu’à celle, UMP, de Chatillon. Certainement pour ne pas heurter la susceptibilité du Maire avec lequel il a créé la communauté de communes Chatillon-Montrouge, une structure qui, malheureusement, n’a pas pensé à partager une piscine…
Pour dire la vérité, il faut aussi dire "rien" que la vérité. Le principe d’une différenciation des tarifs de la piscine entre Montrougiens / non Montrougiens est-il légal ou non ? Entre la "réponse ministérielle" de Paul-André Mouly et la "jurisprudence" de Jean-Loup Metton, qui est dans le droit ? Les experts juristes pourront peut-être nous éclairer…
On objectera quand même que, pour d’autres équipements municipaux de Montrouge -culturels (médiathèque) ou sportifs (stade municipal de Montrouge)-, la politique de prix différenciés est de mise [5]. Les piscines seraient-elles les seules à être concernées par la fameuse jurisprudence citée par le Maire ?
On ne se prononcera pas sur la légitimité ou non d’une telle politique de prix différenciés. Mais, concernant les piscines, l’observation des pratiques dans les Hauts-de-Seine -en reprenant strictement les neuf communes citées en exemple par le Maire lui-même- montre que quatre d’entre elles (Puteaux, Boulogne, Colombes, Suresnes) appliquent des tarifs distincts selon le lieu d’habitation des utilisateurs (et 5 si l’on inclut Issy-les-Moulineaux qui différencie ses prix pour le "tarif réduit"). A moins que ces communes soient dans l’illégalité -qu’attend alors le Maire de Montrouge pour les avertir ou déposer un recours ?-, la réalité du terrain semble donner raison au jeune conseiller de l’opposition…
Un dernier élément, qui n’a été évoqué par personne, est le service rendu aux utilisateurs de la piscine de Montrouge. Au regard du budget de la rénovation de ce bâtiment [6], on est en droit d’attendre beaucoup. A l’usage, les Montrougiens semblent majoritairement satisfaits, le bouche à oreille est positif à quelques détails près : le nombre insuffisant des cabines du vestiaire, la faible pression dans les douches (qui faisait déjà l’objet de critiques dans l’ancienne structure…), l’ascenseur pour handicapés hors service depuis l’ouverture… [7]. L’affluence constatée à certaines heures semble confirmer cet engouement. A moins que cette affluence soit la conséquence de l’amplitude horaire proposée…
En effet, la comparaison des horaires d’ouverture des dix piscines du département (toujours celles citées en exemple) n’est pas à l’avantage de celle de Montrouge : en période normale (hors vacances), elle ouvre globalement 34 heures dans la semaine, alors que la moyenne des autres piscines est de 46 heures. Celle de Courbevoie ouvre plus de 70 heures par semaine ! Il n’y a qu’à Suresnes (27h) et au Plessis-Robinson (31h) que les nageurs doivent se contenter d’une moindre amplitude horaire… [8]
Il est vrai qu’après une fermeture de plus de 3 ans, il était prioritaire d’ouvrir la piscine aux enfants des écoles de Montrouge. On ne peut que se réjouir de la mise en place de cours de rattrapage pour certaines classes (les CM2 cette année). Mais on ne peut s’empêcher de penser que les enfants des autres communes doivent autant aller à la piscine que les petits montrougiens (puisque c’est règlementaire), et que le nombre de bassins offerts dans d’autres stades nautiques permet certainement d’ouvrir parallèlement aux scolaires et à l’ensemble de la population, qui bénéficie donc d’une amplitude horaire plus importante…
Alors oui, il faut dire la vérité… mais rien que la vérité et toute la vérité !
[1] Cf en page 21 du compte-rendu du Conseil municipal du 04/03/09.
[2] Cf en page 31 du compte-rendu du Conseil municipal du 25/03/09.
[3] Pour tout comprendre de cette curieuse pratique, lire Le droit de réponse de Jean-Loup Metton.
[4] A ceux qui rétorqueront que l’Aquapol montrougien offre aussi un bassin ludique avec une pataugeoire, précisons que dans beaucoup d’autres piscines, ces équipements existent, quelquefois agrémentés d’un toboggan comme à Malakoff…
[5] Cf les tableaux des tarifs de la médiathèque et du SMM.
[6] Pour en savoir plus sur le prix de cette rénovation, lire Piscine : dernier épisode avant ouverture.
[7] MontBouge a aussi testé : Plongeon dans l’Aquapol.
[8] Pour être exhaustif : le nombre d’heures d’ouverture (hors vacances) des autres piscines observées est de 68h à Boulogne, 52h à Issy, 47h à Malakoff, 41h à Puteaux, 40h à Nanterre, et 38h à Colombes.