Terminus provisoire pour la Gare Expérimentale
Depuis le 30 novembre 2009, la Gare Expérimentale est fermée [1]. Vidée de ses résidents. Et le bâtiment, une ancienne gendarmerie située au 47 bd Romain Rolland, inoccupé comme il l’avait été pendant près de 10 ans…
Malgré la volonté des artistes de cette association, leur dossier artistique argumenté, les soutiens d’associations locales, de nombreux visiteurs, la décision est tombée : l’AFTRP [2] -propriétaire des locaux- a signifié son congé au collectif d’artistes. Le propriétaire avait pourtant envisagé de prolonger l’autorisation de résidence à la Gare Expérimentale jusqu’au 30 juin 2010. Mais il semble que l’intervention de la Mairie de Montrouge ait convaincu les responsables de l’AFTRP de revenir sur leur décision. Une mairie qui aura ignoré -sinon œuvré contre- le dynamisme insufflé dans cet espace unique, se contentant d’édicter des interdictions officielles à l’encontre des manifestations organisées dans le lieu [3].
Les quelques riverains qui se plaignaient des activités des résidents se réjouiront, mais de nombreux montrougiens seront navrés de la fermeture d’un lieu original, ouvert à tous ; qui, en un peu moins d’un an, aura proposé gratuitement des expositions, des spectacles, des fêtes associatives, des animations pour enfants, un spectacle équestre … ; qui aura également hébergé des compagnies de théâtre, de danse, des musiciens, …, qui d’ordinaire ne trouvent aucun lieu de répétition accessible à Montrouge.
Derrière cette expulsion, se joue un jeu de chaises musicales immobilières et locales : une école doit prendre la place du Samu social, qui doit investir l’immeuble occupé par la Gare Expérimentale, qui doit… aller voir ailleurs ! _ En effet, la Mairie de Montrouge est depuis plusieurs années en négociation avec la Mairie de Paris pour obtenir le déménagement du Samu social, actuellement situé sur l’avenue Pierre Brossolette. Pour, d’après ses déclarations, pouvoir (enfin !) y construire une école, qui manque cruellement dans le quartier nord-ouest de la commune et que le Maire promet depuis longtemps, lors des élections, et surtout aux nouveaux habitants du quartier.
D’après nos informations, la vente de l’immeuble du bd, Romain Rolland à la Mairie de Paris ne sera effective que d’ici quelques mois -raison pour laquelle l’AFTRP avait envisagé de prolonger le "bail" de la Gare Expérimentale. Les travaux d’installation du Samu social pourront alors commencer ; après un délai non négligeable -les bâtiments actuels ne semblant pas du tout adaptés à l’activité du Samu-, celui-ci pourra investir ses nouveaux locaux, abandonnant l’ancien immeuble dans lequel il avait pourtant fortement investi en créant un espace réservé aux femmes très récemment, en décembre 2007.
Quand ce long processus aura eu lieu, que le Samu social aura ouvert dans ses nouveaux locaux, et pour paraphraser un ancien président de la République, il y a fort à parier (et à craindre, car le Samu social est une nécessité) que les riverains qui s’insurgeaient hier du "bruit" de la Gare Expérimentale se plaindront demain de "l’odeur" du Samu social ; comme c’est le cas actuellement des riverains qui habitent près du bâtiment que le Samu social occupe aujourd’hui [4].
Plus sérieusement, il appartiendra aux Montrougiens de vérifier que l’école sera construite, comme promis ; et que pendant les travaux de rénovation de l’ancienne gendarmerie, l’intégrité des écuries -le bâtiment situé dans la cour, et qui fait l’objet d’une protection- sera assurée…
Conformément à leurs promesses, les résidents de la Gare Expérimentale ont donc libéré les locaux le 30 novembre. Et pourtant, la plupart d’entre eux n’avaient pas de point de chute ; il leur était possible de résister, éventuellement de tenir jusqu’au début de l’hiver, à partir duquel il est légalement illégal d’expulser un squat. Mais comme ils l’avaient affirmé quand l’AFTRP leur avait accordé un droit de résidence, ils sont partis sans résistance et sans heurt, en cohérence avec leur projet de créer un lieu convivial et d’échanges, notamment avec leurs voisins, immédiats ou non.

Pour autant, ils n’ont évidemment pas l’intention d’arrêter leur aventure ; et ils n’ont pas non plus dit adieu à Montrouge. Comme le clamaient certains des artistes de la Gare Expérimentale, le jour de leur expulsion : "Montrougiens, nous reviendrons !"
[1] Ceux qui ont raté le début de l’aventure peuvent rattraper l’histoire en lisant "La "Gare eXPérimentale" ouvre à Montrouge"
[2] AFTRP : Agence Foncière et Technique de la Région Parisienne
[3] Pour interdire les manifestations organisées, la Mairie invoquait "le manque de sécurité" ; à noter qu’en près d’un an, aucun accident n’a été à déplorer à la Gare Expérimentale
[4] A propos de voisinage, rappelons que la Gare Expérimentale a, dans un premier temps, occupé une gare désaffectée -origine du nom du collectif- de la petite ceinture parisienne, aux abords de la porte de Vanves ; un lieu qu’ils ont investi en janvier 2006 avant d’être expulsé en juin de la même année. Il se murmure que certains riverains d’alors -et quelques édiles municipaux de Paris- ont regretté leur départ, car depuis lors, le bâtiment de l’ancienne gare, qui n’a fait l’objet d’aucun réaménagement particulier, a été réinvesti par des occupants beaucoup moins créatifs, et semble être (re)devenu un lieu de squat "classique" où survivent quelques SDF
Il est vrai que l’idée d’un collectif d’artiste s’installant dans des locaux inoccupés peut paraître séduisante, mais faisant désormais partie des nouveaux voisins de la gare expérimentale, je vous assure que les nuisances sonores sont au-delà de la limite du supportable. Passer une nuit blanche tous les mois parce que vos créatifs voisins organisent une rave partie est plus que désagréable, et je préfèrerais nettement voisiner avec le SAMU social qui lui au moins,vient en aide à des personnes qui sont dans le besoin. Être un artiste ou se prétendre tel ne donne pas le droit de se moquer éperdument du bien être de ceux qui vous entourent, et je pense que vous verriez vous-même les choses autrement après une nuit sans sommeil venant conclure une semaine de travail déjà fatigante.
Le Samu Social.
J’ai rien contre, mais ne pourrait-on pas empêcher les nuisances telle l’odeur comme vous l’indiquez mais aussi le parasitage des immeubles alentour ? En effet il m’arrive, pour aller au SuperMonoprix, de voir quelques individus squatter les entrées des immeubles alentours, et de façon agressive en plus. Je plains les locataires des lieux qui doivent raser les murs pour rentrer chez eux...
La réaction de Theo me semble indigne, elle ne répond pas à celle de l’interlocuteur ci-dessus qui se plaint des manques de savoir vivre, et c’est peu de le dire des pseudos artistes de la gare expérimentale qui ont occupé sans bourse délier des bâtiments publics et ont fait subir au voisinnage leurs excès sonores. La gare soit-disant expérimentale va être transformée en SAMU social de Paris et c’est une "bonne chose" pour la ville de Paris qui ne fait que continuer d’exporter sa politique d’éloignement des pauvres et assistés (par d’autres qu’elle) sur la banlieue proche ou plus lointaine. Comme la ville de Paris l’avait fait pour les HLM construits à Bagneux et à Bobigny, elle réedite la même politique pour son SALU social... Combien de vrai HLM ont été construits à Paris ? hormis les achats d’appartements dans les beaux quartiers à coûts exorbitants ? Il ne suffit pas de s’indigner contre le comportement des gens et de s’indigner sans savoir contre qui et pourquoi !