Mohamed Allouche VA revenir
dimanche 25 avril 2010, par , ,
Mohamed Allouche a été expulsé de France en mai 2009. Il aura fallu près d’un an de mobilisation pour obtenir son retour à Montrouge, et le rétablissement de son droit à vivre en France avec Nadia, sa femme et Noufel, son fils [1]…
Mohamed Allouche était arrivé en France en 2005. Le 3 février 2007, Il avait épousé Nadia Allouche Hennada, mère de Noufel, à la mairie de Clichy. Suite au mariage, il avait reconnu Noufel, qui est donc devenu son fils. En décembre 2008, la famille s’était installée à Montrouge. Mohamed travaillait alors dans un restaurant, ce qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille.
Nadia et Noufel étant français, Mohamed aurait dû recevoir, de droit comme père et conjoint de Français, un titre de séjour que l’administration lui a refusé. Mais il fut expulsé le 7 mai 2009, contre toute logique ; et alors que, Nadia étant sourde et muette, la présence et le soutien de Mohamed, auprès d’elle et de leur fils, était d’autant plus indispensable.
La mobilisation autour de la famille Allouche a permis de couper court aux arguments justifiant cette expulsion et refusant la demande de visa de Mohamed, notamment celui prétendant que le mariage de Nadia et Mohamed serait un "mariage blanc".
Sur l’appui du dossier constitué, le Conseil d’État, après avoir récusé les arguments de l’administration française, vient (le 1er avril 2010) de suspendre le refus de visa et oblige le consulat à réexaminer la demande de visa dans les 15 jours [2].
On voit mal comment les autorités françaises pourraient désormais refuser le visa de Mohamed et lui interdire de revenir en France : Mohamed devrait donc revenir très vite auprès de Nadia et Noufel…
Il aura fallu la création spontanée d’un mouvement de soutien, composé de Montrougiens, de parents d’élèves de Montrouge -toutes associations confondues-, d’institutrices de l’école Rabelais (école dans laquelle Noufel était scolarisé lors de l’expulsion de son père), et d’autres encore…
Il aura fallu les rassemblements hebdomadaires du vendredi soir au kiosque de la Mairie de Montrouge -près de 40 manifestations de mai 2009 à mars 2010- au cours desquels 30 à 120 participants (habillés pour certains d’un tee-shirt "Mohamed doit revenir") soutenaient Nadia et Noufel dans leur combat et échangeaient les dernières informations...
Il aura fallu l’implication d’élus de la commune -Wilfrid Vincent, Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Joaquim Timotéo, Catherine Levert, Paul-André Mouly, Carmelina de Pablo, Catherine Robineau, Claude Drouet, Jean-Eric Branaa… ont été particulièrement présents aux rassemblements- et de la circonscription -Marie-Hélène Amiable notamment- ; ainsi que le soutien de Jean-Loup Metton, Maire de Montrouge ; et l’intervention de Jean-Paul Huchon, Président de la région Ile de France…
Il aura fallu le concours obstiné et efficace du réseau RESF et de la Cimade -mention spéciale pour Richard et Eve-, pour organiser l’action, formaliser le dossier et les recours successifs.
Il aura fallu la participation active aux commémorations du 20e anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant sur le parvis de Notre-Dame de Paris ; et aux rassemblements devant la sous-préfecture d’Antony, devant l’Élysée, devant l’Assemblée nationale…
Il aura fallu la création d’un site Internet "Mohamed Allouche doit revenir", patiemment enrichi, semaine après semaine, des comptes-rendus des rassemblements hebdomadaires et de toutes les pièces de l’action en cours… Site rebaptisé "Mohamed Allouche VA revenir" !
Il aura fallu plus de 4.000 signatures, en ligne et sur papier, de la pétition "pour le retour de Mohamed en France".
Il aura fallu l’écriture de dizaines de lettres adressées au Consulat de France à Tunis, qui répondaient aux arguments infondés de la Préfecture justifiant l’expulsion de Mohamed, et appuyaient sa demande de visa.
Et il aura fallu la lettre de Noufel au Président de la République, demandant le retour de son père à Nicolas Sarkozy en des termes aussi simples qu’évidents : « Je vous écris parce que c’est très simple, je voudrais que mon père revienne… ».
Il aura donc fallu près d’un an d’une mobilisation qui n’a pas faibli, et a permis de faire plier les autorités "compétentes" sous le poids et la légitimité de la demande de la famille Allouche. Elle a en particulier permis de couper court aux arguments justifiant l’expulsion de Mohamed, notamment celui prétendant que le mariage de Nadia et Mohamed serait un "mariage blanc". Preuve que l’action organisée, tenace et persistante a finalement raison de la politique injuste, arbitraire et indigne du gouvernement français, et de son ministre -Éric Besson- de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire.
15 avril 2009 : Mohamed est arrêté, suite à un simple contrôle dans le métro, et placé au centre de rétention de Palaiseau, dans l’attente de son expulsion décidée par le Préfet des Hauts-de-Seine.
Suite à son arrestation, la mobilisation s’organise. Et le 2 mai, parents d’élèves, élus, instituteurs… se rendent au tribunal d’Évry pour soutenir Mohamed. En vain.
7 mai 2009 : Mohamed est expulsé vers la Tunisie, malgré la mobilisation devant la prison administrative de Palaiseau à 5h du matin : les autorités ont emmené Mohamed à 3h30 ! Le soir même, une réunion est organisée à l’école Rabelais (où Noufel est scolarisé) : plus de 100 personnes actent les premiers éléments de la mobilisation : réunion hebdomadaire, pétition, écriture de lettres au Consulat de France à Tunis, création du site web, soutien de Nadia et Noufel, en les aidant notamment à terminer les travaux commencés par Mohamed dans leur appartement.
15 mai 2009 : premier rassemblement, d’une soixantaine de personnes, au kiosque de la Mairie de Montrouge.
19 juin 2009 : les services consulaires expliquent qu’ils ne peuvent délivrer de visa à Mohamed Allouche, suite à un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Une réponse faite à d’autres expulsés… qui sont ensuite revenus légalement sur le territoire français.
24 juin 2009 : rendez-vous de Mohamed au Consulat de France à Tunis : il dépose officiellement sa demande de visa et souligne que l’entrevue s’est bien passée et qu’il doit maintenant passer la visite médicale et le test de langue, étapes habituelles pour obtenir un visa.
13 juillet 2009 : Nadia témoigne lors d’une conférence de presse organisée par RESF, en présence de familles démembrées.
20 septembre 2009 : première participation aux rassemblements pour la commémoration du 20e anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.
21 octobre 2009 : le visa est refusé pour deux raisons totalement infondées : "La communauté de vie avec votre épouse n’est pas établie" ; "Vous n’établissez pas avoir la charge effective de l’enfant Noufel et subvenir à ses besoins". En réponse, un dossier est constitué, pour prouver la vie commune de Nadia et Mohamed (factures, papiers officiels, lettres de voisinage…) et la participation de Mohamed à l’éducation et à la charge de son fils Noufel (virements réguliers sur un compte qu’ils ont ouvert pour Noufel).
7 novembre 2009 : Noufel écrit une lettre au Président de la République.
26 novembre 2009 : rassemblement devant le palais de l’Élysée.
16 décembre 2009 : Nadia envoie le dossier de recours contre le refus de visa, préparé avec l’aide de la Cimade.
1er janvier 2010 : rassemblement d’une trentaine de personnes au kiosque, pour fêter, en compagnie de Nadia et Noufel, le début de l’année avec vin chaud et petits gâteaux.
Février 2010 : suite au rejet du recours contre le refus de visa, un recours en référé au Conseil d’État est formé.
30 mars 2010 : Audience devant le Conseil d’État.
1er avril 2010 : le jugement du Conseil d’État donne raison à la famille Allouche : le Ministère de l’Immigration a deux semaines pour réexaminer la demande de visa de Mohamed.
2 avril 2010 : rassemblement au kiosque, au cours duquel une collecte réunit la somme nécessaire à l’achat du billet d’avion pour le retour de Mohamed. Champagne pour plus de 80 personnes autour de Nadia et Noufel, radieux !
Le 2 avril, c’était aussi l’anniversaire d’Éric Besson. "Bon anniversaire, Monsieur Besson…"…

[1] Pour revenir aux prémices de l’histoire, lire De l’expulsion comme naissance d’une mobilisation élargie
[2] Pour lire la décision du conseil d’État, se reporter au site "Mohamed doit revenir "