La victoire en comptant (juste)...
Le 20 mars 2011, on a voté dans le canton de Montrouge : "on", c’est-à-dire 41,77% des électeurs inscrits, soit un score inférieur à celui constaté sur la France entière (45%). L’abstention [1] a donc (malheureusement) gagné haut la main. De ce fait, mais aussi parce que les résultats du 1er tour sont serrés, le 2ème tour s’annonce très indécis…
Pour lire les résultats, reportons-nous aux précédentes consultations électorales sur le territoire de Montrouge. Et commençons par les perdants [2]. D’abord, il y a les "vrais" perdants !
André Willi (Parti Ouvrier Indépendant) ne recueille que 0,7% des voix, alors qu’aux cantonales de 2004, les 2 candidats d’extrême gauche avaient totalisé 4,2% des suffrages. Même en 2008, lors des municipales, le score d’A. Willi avait été plus honorable : 2,9%. La faute à l’abstention, au vote utile, à la faible notoriété du POI [3] ?
Boris Gillet (MoDem "officiel") atteint juste la barre des 1% : la proposition d’une "vache noire monumentale sur le carrefour du même nom" [4] n’a visiblement pas suffi à rassembler les électeurs sous la bannière d’un parti dont la visibilité nationale est de plus en plus floue…
Autre grand perdant : Jean-Eric Branaa (MoDem dissident, officiellement écologiste - tendance Cap21) est loin d’avoir séduit autant d’électeurs qu’en 2008, quand il avait semé le trouble dans la droite municipale : 3,3% contre 9,8% aux municipales de 2008. 3 ans à siéger au Conseil Municipal de Montrouge -1 an dans la majorité aux côtés du Maire, Jean-Loup Metton ; et 2 dans l’opposition, mais tout seul- n’ont visiblement pas convaincu ! JE. Branaa semble ne s’en être pas remis, qui n’a pas encore commenté les résultats : aucune mention ou remerciements à ses électeurs, ni sur son site de campagne ni sur son blog personnel…
Dans la famille des perdants, il y a aussi les "faux" : 3 candidats dont les résultats sont insuffisants pour participer au second tour, et pourtant…
En tête, se détache Carmelina dePablo (Europe Ecologie-Les Verts) avec 13,8% des voix : un bon score pour la conseillère municipale de Montrouge qui se présentait pour la première fois en "tête de liste" sur le territoire de la commune, Signe de ce bon résultat, C. de Pablo -contrairement à JE. Branaa-, remercie ses électeurs sur son site de campagne et parle déjà d’avenir pour le département. De quoi peser sur le PS en vue des prochaines échéances !
Ensuite, Marie de Fontenailles (Front National) double presque le score obtenu par son prédécesseur frontiste : 9,3% des votants contre 5,6% aux cantonales de 2004. Pourtant parfaitement inconnue des Montrougiens, elle bénéficie du tsunami "bleu marine" national, appuyée sur un programme, lui aussi plus national que départemental…
Enfin, Catherine Robineau (Front de Gauche) -également conseillère municipale de l’opposition montrougienne- fait sensiblement mieux que le candidat communiste de 2004 : 8,4% contre 5,6%. Effet porteur de la coalition PC - Parti de Gauche (+ 5 autres étiquettes), ou de l’absence des partis d’extrême gauche les plus connus (la LCR devenue NPA était présente aux cantonales de 2004) ? Quoi qu’il en soit, pour les socialistes, il s’agit d’un autre allié à prendre en compte…
Pour le second tour, reste donc sans surprise les 2 principaux candidats, l’un représentant la principale force d’opposition du pays (le Parti Socialiste) , et l’autre (Majorité - Nouveau Centre), représentant la majorité présidentielle ; à moins qu’il ne représente que lui-même et son bilan de conseiller général sortant puisque, comme ses confrères du même horizon, il cache soigneusement son appartenance politique sous les oripeaux usés de la "politique locale... apolitique" !
Wilfrid Vincent (PS) a réuni 23,7% des suffrages ; un résultat en progression par rapport à celui de 2004, si l’on totalise ces voix avec celles d’Europe Ecologie, parti qui s’était allié dès le 1er tour aux précédentes élections cantonales : 37,5% contre 34,9% en 2004. Fort de ce bon résultat, W. Vincent remercie ses électeurs sur son site de campagne, et appelle au rassemblement pour le second tour. A gauche, on veut croire à la victoire…
Malgré la défaite annoncée et vérifiée de la Majorité Présidentielle au niveau national, Jean-Loup Metton (Nouveau Centre) est en tête du scrutin sur le canton de Montrouge : 39,8% ; un score cependant très inférieur au 46,4% de 2004 : la faute en incombe-t-elle au Front National, aux quelques voix égarées sur les candidats centristes, à Nicolas Sarkozy, ou au bilan de JL. Metton et de sa majorité au Conseil Général ? Lui-même ne doit pas le savoir encore, qui a mis 3 jours pour réagir sur son site de campagne ! A moins qu’il ait considéré que ses électeurs ne surfent pas tous sur Internet ; ce qui, au vu de la moyenne d’âge du public de ses réunions de campagne, est plus que probable [5]…
Et le résultat du second tour, alors ? Difficile de faire un pronostic, tant les chiffres sont serrés, les reports de voix incertains et les abstentionnistes nombreux et susceptibles de faire basculer le scrutin d’un côté comme de l’autre…
Une analyse optimiste -pour la gauche…- montre que la droite municipale (JL. Metton en tête) a perdu près de 7% entre 2004 et 2011 (de 46,4% à 39,8%), tandis que la gauche municipale (PS, Verts et PC réunis) a progressé de près de 6 % (de 40,5% à 45,9%) : pour la première fois depuis 2001 (élections municipales et cantonales confondues), la gauche devance la droite. Evidemment, Wilfrid Vincent a davantage de chances de l’emporter qu’aux municipales de 2001 : JL. Metton avait alors gagné les élections au 1er tour, avec plus de 20% d’avances (55% contre 34% pour W. Vincent) ! Mais il n’a pas encore gagné la partie : s’il peut profiter d’une dynamique favorable et bénéficier d’un report probable des voix "vertes" et "frontistes de gauche", il doit également compter sur un mauvais report de celles du Front National vers JL. Metton. Il doit surtout rallier les abstentionnistes -et accessoirement quelques "centristes" locaux- à sa cause… Sans oublier les quelques voix recueillies par l’extrême gauchiste André Willi : le scrutin s’annonce si serré que ces 80 suffrages peuvent influer sur le résultat final …
A l’opposé, Jean-Loup Metton peut aussi faire une lecture favorable des résultats et espérer la victoire : il est arrivé en tête du 1er tour ; avec un bon report des électeurs du FN, et le retour au bercail des voix centristes égarées, le voilà assuré de récupérer son siège de conseiller général. Oui mais voilà, il ne peut pas compter sur une quelconque dynamique. Pas non plus sur Marine Le Pen, qui fait la campagne pour tous "ses" candidats, et répète à l’envi le concept -douteux et peu fondé- du "UMPS, tous pareils", qui n’est pas exactement un appel à voter pour les candidats de la majorité de Nicolas Sarkozy... Quant aux voix recueillies par JE. Branaa et B. Gillet, les manœuvres et retournements divers de la politique locale ont sûrement laissé des traces qui dissuaderont certains de se rallier au Maire…
En résumé, Jean-Loup Metton peut-il reconquérir plus de 10% des voix, avec un programme égoïstement centré (et revendiqué comme tel par le candidat) sur Montrouge et les montrougiens, sans aucune vision départementale ? Wilfrid Vincent va-t-il en ajouter un peu plus de 4% à sa coalition, porté par sa volonté d’influer sur les décisions départementales autant que montrougiennes ?
Présenté ainsi, le temps semble virer au changement : encore un effort…
[1] L’abstention, on en parle dans "Cantonales 2011 : le vainqueur est déjà connu"
[2] Pour en savoir plus sur les 8 candidats et leurs programmes, lire : "Etre local sans étiquette : ticket gagnant ou perdant ?"
[3] Le POI est un parti récent (création en juin 2008), qui fait suite à la dissoultion du Parti des Travailleurs (PT), lui-même ayant été créé en 1991
[4] On n’invente rien : c’est dans le programme !
[5] Aucun mépris "anti-vieux" dans cette remarque : mais simplement une assertion appuyée sur les statistiques : fin 2009, plus de 55% des foyers français étaient équipés d’un accès Internet ; proportion qui monte à 75% dans les foyers de "15-34 ans" (âge de la personne de référence), mais qui est "seulement de 30% chez les "50 ans et plus".
Commentaire à la marge du sujet :
rénovez les catégories utilisées, outre la remarque d’un catho déjà faite sur ce site, pourrait-on oublier la ménagère de 40 ans voire 50 et ne plus penser que les personnes de 75 ans n’utilisent pas Internet ? Ce n’est pas ce que je vois autour de moi à Montrouge même parmi des électeurs de J.L.Metton.
Pour les abstentionnistes n’oubliez pas que les conseillers généraux sont aussi des grands électeurs du Sénat et l’enjeu est de taille tout de même.
Les interpellations d’Edith et de p.castaing appellent 4 réponses, nécessaires :
1) Edith a tout à fait raison de rappeler que les résultats des cantonales auront une influence importante sur les prochaines élections sénatoriales (en septembre 2011) : en bref, si la gauche emporte un nombre significatif de sièges, la Sénat pourrait éventuellement basculer de ce côté, pour la 1ère fois de son existence, alors même que sa logique de constitution -un vrai déni de démocratie- a toujours assuré à la droite de conserver ce pouvoir...
En revanche, je ne la suivrai pas sur ses 2 autres remarques :
2) Je n’ai jamais écrit que les personnes âgées n’utilisaient pas Internet, mais qu’elles ne l’utilisaient PAS TOUTES : j’ai même, pour être clair, pris soin de citer des statistiques, en note de l’article : chez les "50 ans et plus" 2 foyers sur 3 n’ont pas Internet (et j’ajoute, le plus souvent pas d’ordinateur non plus). Il ne s’agit donc PAS d’UN PONCIF, mais bien d’UN FAIT, n’en déplaise à Edith.
3) Par ailleurs, l’idiome "ménagères de moins de 50 (ou 40) ans" (utilisé dans l’article de Franck) ne constitue pas une injure, simplement une catégorie -arbitraire et générale comme toutes les catégories-, au pire un lieu commun suffisamment connu pour être cité comme exemple...
4) Enfin, pour répondre à p.castaing sur l’expression "vieux pratiquant le prêche dominical" (dans le même article) : traiter de "raciste" l’auteur de cette formule (et MontBouge tout entier) parce qu’il est ironique, ou même critique, envers une religion et ses adeptes (ou autre chose) relève de la plus élémentaire intolérance ; p.castaing va plus loin en nous prêtant des mots ("sales cons de cathos") que nous n’avons -fort heureusement- jamais employé : il est utile de préciser que p.castaing, dépassant le seuil courtois du droit d’expression, est le seul responsable de la présence d’une formule aussi lamentable sur ce site (la question de la suppression de cette contribution se pose d’ailleurs...).
Merci de cette réponse et loin de ces petites polémiques ne retenons que le point capital concernant l’impact pour le Sénat renouvelable en partie cet automne
Ouille... on est vieux dès 50 ans ! Ça ne m’étonne plus que l’on m’ait refusé un emploi (occasionnel) pour lequel on m’avait déjà complimentée il y a peu... parce que j’ai septante trois ans !
Dans les années 70, certaines de mes amies assuraient faire faire leur vaccin rappel anti-polyo... c’était obligatoire jusqu’à 30 ans ! Ce qu’on ne ferait pas pour avoir l’air jeune !
Soyons moins chatouilleux... pourtant ça fait du bien de rire !
Bon, l’essentiel, c’est le Sénat et... tous ces vieux sénateurs...
je souhaiterais juste ajouter que JE. Branaa a remercié ses électeurs, a pris acte de sa défaite et n’a pas donné de consigne de vote sur des affiches collées sur "ses" panneaux électoraux, qui ne sont pas restés longtemps 2eme tour oblige.
Pas de remerciements de la candidate FN pour ses électeurs au premier tour ; cet exemple a été suivi au deuxième tour par le candidat de la gauche qui n’a pas remercié ses electeurs ;
Y a-t’il une similitude ?
Notre députée a palié ce mé-contentement ( en comptant juste comme Eric)en félicitant elle-même du bon score de la gauche à Montrouge et en remerciant les électeurs qui avaient voté pour son vainqueur au premier tour. S’est-elle vengée ?